Le spectacle est annulé, vite, au jardin!
Le spectacle est annulé, vite, au jardin!

La Fête des vignerons a débuté il y a maintenant dix jours. Mais ce week-end, la météo s’en est mêlée, obligeant les organisateurs à reporter trois spectacles et à annuler un cortège. Samedi matin, nous nous sommes donc levés en apprenant la nouvelle: nous avions congé toute la journée! Après quelques minutes de dépit partagé autour de la table du petit-déjeuner, un certain désœuvrement s’est emparé de nous tous. Qu’allait-on bien pouvoir faire, s’il n’y avait finalement ni cortège ni spectacle au programme? Au bout de quelques minutes de réflexion, chacun des membres de ma famille est finalement parti vaquer à des occupations que nous avions laissées de côté depuis deux semaines, rythme effréné de la Fête oblige.

Sans demander son reste, mon fils aîné s’est ainsi précipité chez le voisin – «Je ne l’ai pas vu depuis une semaine!» – pour y construire un circuit de billes, inventer un nouveau parcours à vélo, faire les quatre cent coups et oublier complètement son rôle de petit marchand de la troupe de la Saint-Martin.
Sa petite sœur a retrouvé avec bonheur sa balançoire et les bacs de sable où ses petites mains peuvent creuser à loisir, sans crainte de salir sa jolie robe rouge ou d‘abîmer les délicats rubans de son chapeau.
Mon homme, libéré de ses obligations musicales et entomologiques – en tant que musicien, il est costumé en insecte pour les spectacles – a filé cueillir mûres et framboises dans les alentours, en quête de calme et de solitude.

Quant à moi, je me  retrouve seule, à mettre un peu d’ordre dans la maison et au jardin, lâchement abandonnés depuis quelques jours. Au potager, les épinards sont montés en graine. Il manque quelques tours d’arrosage à mes pieds de vigne et les plants de tomates méritent un bon nettoyage des repousses. Encore quelque peu étourdie par le spectacle de la veille et l’heure tardive du coucher, j’enfile mes gants et me mets au travail. Il faut rapatrier sur leur territoire les ramifications des courges, qui ont eu la fâcheuse tendance à coloniser les parcelles voisines. Je gratte la terre, pour évaluer les dégâts occasionnés par la sécheresse. Rempote mon saule. Palisse les pieds de tomate. Brasse le compost collectif et en tamise quelques seaux pour mon balcon.

Ces quelques gestes simples ont suffi à me reconnecter à la réalité. Ils sont loin l’éblouissant plancher LED et les bruyantes coulisses de l’arène où il faut se frayer un chemin. Oubliés, la voix du chorégraphe qui me donne des instructions dans l’oreillette ou les yeux sévères du régisseur nous interdisant d’accéder à la scène pour le tableau final. Les pieds mouillés dans l’herbe détrempée suite aux orages de la nuit passée, j’observe la vie qui grouille dans mes quatre mètres carrés de bonheur. Me revient en mémoire le texte de l’hymne des vendanges chanté a cappella dans le premier tableau du spectacle…

C’est la vie
Qui me fait signe,
La terre,
l’odeur de la terre,
le goût de la terre.

«Pas trop fatigante, cette fête?»  Ma voisine me sort de sa rêverie en m’interpellant depuis son balcon. Elle a vu le spectacle hier soir, a traîné dans les caveaux jusqu’à point d’heure et vient de se lever. Et n’a qu’une envie, me raconter sa Fête à elle. C’est reparti!

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Claire Muller

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