Le rut du lynx
Le rut du lynx

«Je crois que l’on n’aura pas besoin des raquettes. Au pire on brassera un peu de neige dans la combe du haut, mais on peut s’épargner cette charge supplémentaire.» Sur ces considérations, nous quittons le petit parking, mon ami Laurent, mon fils Martin et moi, chargés comme des mules.

Après une marche à travers la forêt et les pâturages partiellement enneigés, nous arrivons à proximité de la zone où nous pensons passer la nuit. Le territoire du félin est considérable et il n’est pas facile de se poster au bon endroit. La clairière que nous connaissons bien est propice, comme l’atteste une fois encore la jolie trace de lynx dans la neige que nous prenons le temps de dessiner, avant de nous poster à l’affût.

Partiellement cachés sous des sapins, nous surveillons le pâturage, bien installés dans nos sacs de couchage. Le pinson, le rougegorge et le troglodyte chantent encore un moment, puis quelques grives un peu plus tard avant que le calme du crépuscule s’installe.

Un faucon pèlerin passe dans le ciel d’un vol décidé et s’en va rejoindre un perchoir pour dormir.

L’obscurité se répand doucement. Le vent d’ouest qui a forci agite les branches des sapins et nous empêche d’entendre correctement un cri éventuel ou un hululement.  Nous patientons, tous nos sens en alerte, espérant la venue d’une bête, de LA bête…

Il fait nuit maintenant et la température a bien baissé. Vénus est seule au-dessus de la ligne de crête. Nous sortons discrètement de nos sacs le pain, le fromage et le chocolat que nous mangeons en silence. Je m’endors un moment.

A mon réveil, un peu plus tard, les étoiles illuminent le ciel et scintillent à travers les branches du sapin au-dessus de nos têtes, comme sur un arbre de Noël. Je veille encore un moment et m’endors à nouveau.

Un peu avant quatre heures du matin, je réveille mon fils pour lui faire entendre le chant de la chouette de Tengmalm qui s’égosille un peu plus bas dans la combe. Le ciel s’est éclairci et les étoiles sont estompées, car la lune s’est levée.

A l’aube, Laurent peint et je retouche un dessin de paysage saisi durant la nuit. J’entends la respiration régulière et profonde de mon fils qui dort encore.

Du fauve, nous n’aurons vu que les traces et la constellation qui porte son nom…

Texte(s): Pierre Baumgart
Photo(s): Pierre Baumgart

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