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Le cortège, ce marathon qui finit en chemin de croix
Le cortège, ce marathon qui finit en chemin de croix

Tout avait pourtant bien commencé. Nous sommes arrivés, costumés, frais et dispos, à l’heure et au lieu de rendez-vous donnés pour le cortège. Notre troupe, celle de la Saint-Martin, est rassemblée le long de la Veveyse. Le défilé inaugural de la Fête des vignerons, rassemblant les 5500 figurants du spectacle ainsi que plusieurs corps de musique, s’annonce tout bonnement exceptionnel. Notre troupe est précédée par celle des gymnastes, vêtus d’orange et de jaune, dont la flamboyante chorégraphie au cours du spectacle symbolise l’arrachage de la vigne. Derrière nous, les bruyants tracassets et les fiers Oriflammes. Les vaches ferment la marche, avec les armaillis. En attendant le signal de départ, qui, comme dans tout cortège, tarde à venir, les verres tintent, les blagues fusent, on chante, on rigole. Les enfants s’impatientent. Enfin, le cortège s’ébranle et nous emboîtons le pas à une fanfare. C’est peu dire que les rues veveysanes sont bondées: il faut presque se frayer un passage pour avancer.

Le soleil tape dur. On nous distribue, tels des marathoniens, des bouteilles d’eau à un stand de ravitaillement. Ma gamine grimace. Les ampoules qu’elle a attrapées à cause de ses souliers neufs la font souffrir. Pleine d’entrain, je la fais grimper sur mon dos. Des spectateurs m’interpellent soudain: ce sont mes voisins… Je me retourne pour les saluer, ma chaussure à talons accroche un pan de mon jupon et, patatras, nous nous retrouvons toutes deux effondrées sur le bitume. La petite n’a que des bleus, mais ma cheville a fait «crac». Je me relève et vois quelques étoiles tourner… Je boitille bas. Pas question cependant d’arrêter le cortège pour ma petite personne… Et je n’ai pas fait toutes ces répétitions pour que ma Fête s’arrête avant même d’avoir commencé. Il me faudra serrer les dents. Traînant la patte, je me retrouve à fermer la marche de notre troupe… avec – agréable surprise et petite consolation – la famille Perreten de Leysin, qui prête sa quinzaine de chevrettes au tableau de la Saint-Martin. Je m’accroche au char qui transporte les biquettes. Je retrouve un peu le sourire. Ma petite a grimpé sur les sièges, aux côtés des petits chevriers. La suite du parcours dans les rues de Vevey, sous un soleil de plomb, se fait sous les applaudissements – que je prends pour des encouragements. Mais il ressemble malgré tout à un chemin de croix.

Arrivés aux abords de l’arène, je file sans tarder à la pharmacie – arnica, consoude, glace – puis au magasin de chaussures. J’y troque les jolis escarpins de la Fête contre une paire de ballerines à bas coût. Les vendeuses me sourient avec compassion. «On dirait que le cortège passe aussi par chez nous! On en a vu des cloques et des pieds gonflés aujourd’hui, vous n’êtes pas la seule!» Ne reste plus qu’à se reposer… en attendant le premier spectacle de ce soir !

 

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Claire Muller, Dominique Schreckling, Anne-Marie Pilloud

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