Laver son linge avec du lierre
Laver son linge avec du lierre

En matière de cuisine, la pénurie d’ingrédients ou de matières premières dans son frigo pousse à la créativité. Du côté de la buanderie, c’est la même chose. Il y a peu de temps, je me suis trouvée à court de produit de lessive, faute d’avoir pris le temps de racheter des paillettes de savon, base de la lessive maison que je fabrique depuis plus d’une année. Par contre, je n’étais pas à court de linge à laver… Devant l’urgence et ma flemme d’aller faire des courses, l’occasion était belle de tester une nouvelle formule d’une simplicité enfantine, sur laquelle je suis tombée  dans un de mes bouquins de plantes: la lessive au lierre.  Ses feuilles contiendraient en effet 10 à 15 % de saponine, agent moussant on ne peut plus naturel.  Génial! Du lierre, j’en ai plus qu’il n’en faut au jardin. La saponaire officinale qui pousse au bord de la mare pourrait aussi faire l’affaire, mais en hiver, elle est nettement moins engageante que le lierre.

Dans Le Royaume secret du lierre, monographie parue aux Editions de Terran, Bernard Bertrand nous livre une recette ancestrale qui consistait en une décoction de 10 minutes de 100 feuilles de lierre dans deux litres d’eau. La mixture était alors broyée, puis mise à macérer quelques heures avant d’être filtrée. Rajouté à l’eau de lavage, ce liquide  était souvent préféré à la lessive aux cendres qui pouvait tacher le linge délicat. En pianotant sur le net, j’ai rapidement trouvé quelques variantes autour de cette formule de base, que j’ai à mon tour mises à ma propre sauce, ce qui donne la recette suivante:

  • Cueillir 100 feuilles de lierre, les hacher finement et  les porter à ébullition dans 2 litres d’eau de pluie
  • laisser bouillir pendant 10 minutes puis reposer pendant 24 h
  • Filtrer puis rajouter 2 dl de vinaigre blanc et 4-5 gouttes d’huile essentielle de lavande (ou autre)
  • Mettre en bouteille et utiliser à raison de 2 dl de lessive par cycle de lavage.

J’ai testé avec du blanc, du puant, du moyennement sale et du très sale. Et bien, c’est ressorti tout à fait présentable au regard de mes exigences, même si je n’ai pas vu beaucoup de mousse à travers le hublot. Seule critique familiale? Le dosage et le choix de l’huile essentielle, qui reste encore à peaufiner (ou à supprimer), car j’ai des garçons naturalistes qui préfèrent sentir la bête quand ils partent faire des affûts dans la forêt! Ma prochaine étape sera la lessive à l’eau toute seule, et j’en conclurai peut-être définitivement que les détergents ne servent strictement à rien…

Pour revenir au lierre, je profite de ce billet pour marteler encore et toujours que NON le lierre n’étouffe pas les arbres et que OUI il est très bénéfique au jardin. Contrairement au gui parasite, il ne pompe pas la sève des arbres mais se contente de les utiliser comme support. Un arbre en bonne santé peut donc très bien cohabiter avec cet hôte entreprenant. Mais, me direz-vous, qu’en est-il des arbres morts complètement ensevelis sous le lierre? Dans ce cas, la liane aura simplement pris le dessus d’un arbre déjà mort ou en fin de vie.  Quoi qu’il en soit, ses atouts pour la biodiversité sont innombrables. C’est dans le lierre que les passereaux se réfugient quand le froid est mordant, que des milliers d’invertébrés vivent et meurent, que le merle bâtit son nid au printemps et que les fauvettes à tête noire se gavent de baies en revenant de migration. C’est aussi le lierre qui en septembre offre aux abeilles  un buffet de pollen et de nectar à volonté, alors qu’il n’y a plus grand chose à se mettre sous la trompe au jardin. Mieux encore? Des études très sérieuses ont démontré que les arbres poussent plus grand et plus fort en présence du lierre, car ses feuilles qui se renouvellent tous les 2-3 ans et tombent en été, apportent un engrais bienvenu au moment où les arbres en ont le plus besoin.

Bref, voilà plein de bonnes raisons pour accueillir le lierre au jardin et dans la cuisine. Mais faites attention à bien étiqueter vos productions: outre la saponine, le lierre contient des composants qui peuvent provoquer des symptômes déplaisants. Mon mari y a échappé de justesse quand, penché sur mes casseroles, il a pris ma lessive pour de la soupe.

Texte(s): Aino Adriaens
Photo(s): Aino Adriaens

Le lierre sous toutes ses coutures

Pour tout savoir sur le lierre, son mode de vie, son rôle et ses bienfaits dans l’écosystème, il y a bien sûr la monographie de Bernard Bertrand dont je vous ai parlé plus haut,  mais il existe aussi deux dossiers sous forme d’enquêtes à la fois sympathiques et scientifiques de La Hulotte, le journal le plus lu dans les terriers de France voisine: Le lierre n° 106 et 107, www.lahulotte.fr

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