Sur la piste des loups
Sur la piste des loups

Invités à un vernissage, nous décidons avec mon ami Laurent de nous retrouver un peu plus tôt, pour partager un moment ensemble avant les mondanités d’usage. Rendez-vous est pris dans l’après-midi quelque part au pied du Jura pour une balade en forêt, afin de profiter de ce début d’hiver qui s’est installé de manière plus marquée qu’en plaine.

Nous laçons nos grosses chaussures, ajustons nos bonnets et nous voilà partis. Les sacs à dos sont légers puisqu’ils ne contiennent qu’un thermos et de quoi gribouiller. La faune est discrète en hiver et le milieu de journée n’est pas le moment le plus propice pour l’observation. Tout au plus pouvons-nous espérer une mésange noire ou un bec-croisé au sommet d’un sapin.

Nous devisons à voix basse tandis que nos pas crissent dans la neige. Quelques animaux ont laissé leurs empreintes sur le sol. Un écureuil a sautillé d’un tronc à un autre et ici ce sont les sabots d’un cerf qui ont marqué la neige. Notre promenade se poursuit au travers de la forêt de vieux hêtres et de sapins blancs.

Nous croisons soudain de grosses traces fraîches dont les coussinets sont bien marqués. La piste est rectiligne et n’est pas accompagnée de pas d’humains.

« Tu penses à la même chose que moi? »

S’il est très difficile, voire impossible de faire la différence avec les traces d’un chien, nous sommes saisis d’une grande émotion à l’idée qu’un loup a peut-être passé là, juste avant nous!

Nous ne ménageons pas nos efforts pour suivre la piste de cet athlète qui grimpe tout droit dans la pente, passe au travers de barres rocheuses, dans les taillis et sous des troncs renversés. Ce n’est qu’après un moment que nous constatons que deux traces se chevauchent très légèrement.

Nous n’avions rien vu, mais les bêtes ont marché à la queue leu leu! Quelques centaines de mètres plus loin, la voie se divise en effet et prend des directions différentes. Plus de doutes, ce sont bien trois loups dont nous suivons la piste.

Laurent suit la trace qui part à flanc de coteau et moi celle qui monte. Tant pis pour la troisième. Nous nous séparons pour nous revoir plus tard à la lisière d’une grande combe où les loups se sont retrouvés. Les traces ne se chevauchent plus maintenant et il y en a partout autour de nous. .

Cerise sur le gâteau, la piste d’un des loups croise ici celle d’un lynx. Les traces de ce dernier, bien que partiellement fondues, sont très reconnaissables. Les deux bêtes ont foulé le sol sur le même mètre carré!

J’ai une pensée pour Robert Hainard qui a passé tant de semaines dans les forêts des pays de l’Est et du Nord, pour espérer rencontrer ces grands carnivores. Il aurait été tellement heureux de les savoir aujourd’hui si proches de chez lui…

Texte(s): Pierre Baumgart
Photo(s): Pierre Baumgart