Amours de truites
Amours de truites

Le temps est gris et les journées moroses en cette fin d’année. Que de pluie! Je me rassure en pensant que ces précipitations grossissent les cours d’eau et favorisent la remontée des truites qui viennent frayer à cette période de l’année, dans quelques sites encore favorables.

En remontant aujourd’hui la Versoix, je scrute la rivière, dont j’ai de la peine à voir le lit au travers des eaux tumultueuses.

Après une minutieuse recherche, je découvre pourtant deux pâles silhouettes déformées par le courant. Je connais cet emplacement, fréquenté, année après année par de grosses truites lacustres qui viennent y déposer leurs oeufs. Il faudra revenir dans quelques jours, après la crue, car je ne vois pas grand-chose. Je poursuis donc ma promenade.

Plus haut sur la rivière, je dérange un cincle qui part en rasant le cours d’eau.

En longeant un petit canal, perpendiculaire à la grosse rivière, juste à l’aval d’une chute, dans une eau bien oxygénée, je découvre, à ma plus grande surprise, deux truites, d’une trentaine de centimètres, qui se tiennent flanc contre flanc sur une frayère. Elles stationnent en effet sur une cuvette dont les cailloux, déjà grattés, sont plus clairs qu’aux alentours.

Les poissons n’ont pas l’air de faire d’effort pour se maintenir sur place, pourtant, je sens la force du courant dans les mouvements de leurs nageoires. Les deux poissons ondulent très lentement dans le flux. Je m’assieds discrètement pour les observer. Le mâle est comme aimanté au flanc de la femelle. A intervalles réguliers, il part brusquement pour mettre en fuite un rival que je n’arrive pas à repérer et revient prendre son poste à droite ou à gauche de la génitrice.

Cette dernière se couche parfois sur le flanc et dans un mouvement convulsif, gratte de sa queue les graviers, puis se remet en place. Le mâle dépose alors sa laitance sur les œufs et les deux poissons se replacent dans le courant.

J’observe la scène attentivement. Dès que je me focalise sur les reflets en surface, ils disparaissent et réapparaissent dès que mon regard les cherche. Impossible de percevoir les deux réalités en même temps… et pourtant elles sont les composantes d’une même scène que le dessinateur, contrairement au photographe, peut faire apparaître sur l’image!

Texte(s): Pierre Baumgart
Photo(s): Pierre Baumgart

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