ticino, Lodano

Randonnée à la découverte de la vallée de Lodano

Vallée latérale au Val Maggia, dans l’arrière-pays de Locarno (TI), la région de Lodano est un joyau qui a conservé un côté sauvage magnifiquement intact. Un itinéraire sur deux jours permet d’en apprécier toute la beauté.

Après un solide petit déjeuner pris au village de Coglio, dans le val tessinois de la Maggia, nous avons hâte d’entreprendre l’ascension de longue haleine qui remonte toute la vallée de Lodano. Une bonne réserve d’énergie est nécessaire pour venir à bout dans la journée des 1700 mètres de dénivelé qui séparent le fond de vallée des pâturages de l’Alp da Canaa, à 1842 mètres d’altitude. Nous y passerons la nuit.

Un pont suspendu de 250 mètres nous fait dans un premier temps franchir la Maggia. La belle rivière ne vole pas sa réputation de site d’exception, avec les eaux cristallines de ses puits naturels. Après avoir suivi son cours durant une vingtaine de minutes, nous atteignons les premières maisons de Lodano. Ici, tout fleure bon le sud, que ce soit la vigne sous tonnelle, les châtaigniers dont les bogues encore vertes abondent ou les maisons rustiques bâties de blocs de gneiss. Dans un lacet de la route – attention à ne pas rater la bifurcation entre les maisons! –, un panneau annonce la couleur, celle d’un sentier de montagne: Alp da Canaa, 5 heures de marche. Et des marches, nous allons en franchir. Des milliers. Faites de pierres massives soigneusement disposées, elles jalonnent une large part de ce tracé qui semble ne jamais finir de grimper vers le ciel.

Des châtaigniers, puis des hêtres
C’est à l’ombre bienfaisante de la forêt que nous progressons. Tout d’abord celle de châtaigniers, bordée dans sa partie supérieure d’une mince frange de bouleaux, avant d’atteindre la hêtraie. La silhouette de l’arbre surprend dans cette vallée du Tessin. Alors que, au nord des Alpes, on est habitué à de hauts fûts verticaux, ce sont ici des troncs massifs, imposants, avec des racines s’infiltrant partout dans les crevasses de la roche pour ancrer ces géants. Certains d’entre eux, secs sur pied, servent probablement d’abri aux larves d’une espèce aussi rare que splendide: la rosalie des Alpes, un grand coléoptère bleu et noir. Comme les châtaigniers un peu en aval, ces hêtres sont aussi une bénédiction pour les oiseaux cavernicoles – pics, chouettes de Tengmalm ou mésanges diverses – de même que pour différentes espèces de chauves-souris.

Traces des charbonniers
Au fil des pas, de petits replats gagnés sur la pente et bordés d’un simple mur balisent la montée. Ce sont des vestiges de l’intense activité des charbonniers au cours des siècles. Nous réalisons alors concrètement l’importance du projet que défend Christian Ferrari, président de la bourgeoisie locale: le classement de la hêtraie de la vallée de Lodano à l’Unesco, dont le dossier a été déposé en janvier dernier. Une démarche commune à un pool de dix pays européens, qui regroupe 37 hêtraies bien distinctes les unes des autres, l’arbre ayant la capacité de se plaire dans des conditions climatiques et sur des sols forts différents. Deux cent dix-sept de ces replats qui servaient à fabriquer le charbon de bois de hêtre ont été retrouvés dans la vallée, le plus ancien remontant à 1420-1450.

En alternance avec les passages en sous-bois, plusieurs clairières abritent d’anciennes bâtisses. On passe ainsi des lieux-dits de Solada d Zora à Sescialp, puis à C’ascia avant de rejoindre, avec un notable changement de décor, le relief modelé de l’Alp di Pii. Les mélèzes épars prennent alors le dessus dans cette pelouse alpine parsemée de rhododendrons. Et la vue y est splendide sur les chaînes de montagnes qui bordent le Val Maggia.

Nuitée sur l’alpe
Entre prairies riches en graminées jaunies par l’été et pierriers où l’on espère apercevoir une vipère ou une perdrix, cette partie haute du parcours est plus ouverte, bien qu’entrecoupée de forêts sur éboulis. Au détour d’un relief, une bâtisse arborant le drapeau suisse apparaît. C’est l’Alp da Nagairon, ultime lieu-dit avant notre but du jour. Les derniers 150 mètres de dénivelé avalés, les maisons de l’alpage d’Alp da Canaa se montrent finalement, inondées des chaudes lumières de fin d’après-midi. Nous sommes seuls à prendre nos quartiers dans la cabane de la bourgeoisie de Lodano. Nous le serons aussi pour apprécier un paysage baigné de silence, le vol d’un aigle frôlant les crêtes rocheuses et, une fois la nuit tombée après s’être rassasié d’une énorme portion de pâtes, un ciel étoilé traversé par une Voie lactée bien visible.

Vers 7 heures du matin, le soleil jaunit les sommets, éclaire un chevreuil lointain avant de réveiller les ardeurs d’une libellule qui se met à chasser sur l’étang proche du refuge. La beauté du site aurait amplement mérité d’y consacrer une journée entière en passant ici une seconde nuit. Mais ce sera pour une prochaine fois. Nous voilà donc en route pour Lodano via Castell, cette fois-ci. C’est par un long zigzag que l’on reprend le sentier du fond de vallée. Dans la gorge du Rio di Lodano, la rivière s’est frayé son chemin, créant des pentes abruptes que l’on frôle. Durant trois heures, les muscles seront à nouveau mis à contribution dans cette rude descente que des bâtons de marche facilitent. Des toits apparaissent entre les arbres. Nous sommes à Castell, ultime et magnifique hameau avant le retour en plaine.

La noblesse des vieux chemins
Au fil de cette randonnée qui s’étire en longueur, on ne peut qu’admirer le travail de ceux qui ont bâti les chemins de la vallée de Lodano, saisissant l’importance de ces voies qui se devaient d’être soignées et réparées. D’innombrables cheptels s’y sont succédé lors de transhumances qui aboutissaient, après des heures de marche, aux alpages des hauts de la vallée. Taillés à flanc de pente et bordés de profonds ravins, les sentiers devaient surtout être sûrs, car un faux pas pouvait être fatal au gros bétail. Leur entretien incombait aux éleveurs qui louaient les alpages. Des chevilles de fer transpercent maintenant les dalles de granit pour les maintenir en place. Bien que d’un caractère un peu austère par la couleur grise des hêtres et le brun ocre des pierres, ces chemins sont d’une beauté prenante.

De retour au village de Lodano, lorsqu’on se tourne vers la montagne, seuls un étroit défilé et des pentes boisées soulignent l’entrée de cette vallée en cirque, invisible depuis les rives de la Maggia. Là-haut, on le sait maintenant, pas une seule route. Pas même une vague piste carrossable traçant un sillon envahissant. La vallée de Lodano ne se découvre qu’en marchant. Sur la trace de chemins séculaires.

+ D’infos www.valledilodano.ch; www.ascona-locarno.com

étapes

La vallée de Lodano

À l’instar de 37 autres hêtraies réparties dans dix pays européens, la réserve forestière de la vallée tessinoise de Lodano est en lice pour un classement au patrimoine mondial de l’Unesco. Le dossier en a été déposé en janvier 2020.

+ D’infos www.ascona-locarno.com/valleedelodano

La Maggia

Très largement appréciée, la rivière Maggia est un site de détente incontournable du Tessin. À son sable fin et aux eaux bleues de ses innombrables bassins naturels s’ajoute le magnifique cadre montagnard environnant.

+ D’infos www.ascona-locarno.com/decouvrir-maggia

Le glacier Basodino

Une excursion dans le Val Bavona est une belle occasion d’admirer l’un des plus hauts glaciers du Tessin, le Basodino. Le lac Robiei, qui s’atteint par téléphérique depuis San Carlo et dont on peut faire le tour, en offre une vision unique.

+ D’infos www.ascona-locarno.com/glacier

Le Grà de Moghegno

Le village de Moghegno, dans le Val Maggia, organise le 22 octobre prochain, comme chaque automne, le chargement des châtaignes dans une maison de pierre (la Grà). Disposées sur des claies, elles cuisent sur le feu durant trois semaines.

+ D’infos www.ascona-locarno.com/traditiondugra

Bosco Gurin

Plus haut village montagnard du Tessin, Bosco Gurin est également l’un des plus beaux de Suisse. Le bourg a été fondé par les Walser, des colons valaisans germanophones en recherche de nouveaux horizons à partir du XIIIe siècle.

+ D’infos www.ascona-locarno.com/decouvrir-boscogurin

Les grottos

Construites à l’origine pour conserver au frais vin et nourriture, des pièces sous forme de grottes dans de rustiques bâtisses tessinoises se sont transformées en restaurants, d’où le nom de grottos. Une cuisine traditionnelle du canton y est servie.

+ D’infos www.ascona-locarno.com/legrotto

Texte(s): Daniel Aubort, en partenariat avec l’Office du tourisme Ascona-Locarno
Photo(s): Daniel Aubort/ Infographie Pascal Erard

infos pratiques

Y aller

En transports publics: ligne CFF pour Locarno via Lucerne ou Zurich, ou par Brigue/Domodossola, puis service de bus ligne 315 pour Lodano ou Coglio.
En voiture: Rejoindre Lodano par Brigue, col du Simplon et Domodossola (Italie), Locarno. Ou par Zurich ou Lucerne.

Le parcours

Randonnée en boucle sur deux jours, de Lodano ou Coglio. Comptez 5h30 à 6h de marche pour 10 km et 1700 m de dénivelé positif jusqu’à Alp da Canaa. Puis 3h, via Castell, pour les 8 km du retour dans le Val Maggia. Bon équipement indispensable. Carte OFT au 1:25 000 No 1292 Maggia

Se restaurer

La cabane de l’Alp da Canaa (non gardée) dispose généralement de pâtes, riz et boissons. Réservation nécessaire: canaa@valledilodano.ch. Tél. 079 513 02 34. Paiement sur place. Nombreux restaurants et grottos dans le Val Maggia.