Le Rhône rêve d’une liberté retrouvée

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valais, Le Bouveret

Le Rhône rêve d’une liberté retrouvée

Reliant aujourd’hui Le Bouveret au Vieux-Rhône, le chemin traversant le Domaine du Fort devrait partiellement disparaître à l’orée des années 2020 au profit du fleuve qui retrouvera là un cours plus naturel.

Du village du Bouveret (VS) et ses parcs d’attractions qui le transforment en centre de villégiature, un petit quart d’heure de marche suffit à nous mener sur les berges du Rhône. Comme à son habitude, ses eaux sont troubles et laiteuses. Ce n’est manifestement pas une gêne pour les cormorans que l’on regarde pêcher depuis la passerelle des Grangettes alors qu’en aval, installées à demeure sur l’embouchure du fleuve, des machines s’activent à en extraire le sable. C’est à proximité du refuge du Domaine du Fort que la digue anti-crues bâtie au cours des précédents travaux de correction du Rhône (1863-1894 et 1930-1960) devrait être rasée afin que les eaux du fleuve s’écoulent librement et recréent progressivement un delta actif de près de 17 hectares sur le Léman. Un chamboulement qu’il sera passionnant de suivre le moment venu, en lien avec les travaux de la troisième correction du fleuve prévue ces prochaines années. En longeant cette digue amenée à disparaître (mise à l’enquête en 2019), nous pouvons aujourd’hui encore descendre le cours du Rhône pratiquement jusqu’au lac. De ce terre-plein surélevé, le regard se perd au-dessus d’un vaste terrain plat envahi d’un taillis dense d’où émergent des saules et des bouleaux. Cette zone ouverte est une conséquence de la mémorable tempête de 2005 qui a plaqué au sol de hauts peupliers utilisés dans la fabrication de cagettes et d’allumettes.

Un milieu bouleversé
Pour avoir personnellement suivi l’évolution du Domaine du Fort à cette époque, il était intéressant de remarquer qu’aux oiseaux habituellement présents s’ajoutaient au fil des ans de nouveaux venus très attirés par ce vaste terrain dévasté. La fauvette grisette, le traquet motteux ou la pie-grièche grise, pour ne citer qu’eux, ont alors élu domicile en tant qu’espèces nicheuses, migratrices en escale ou hivernantes. Quittant le bord du fleuve, nous entamons la boucle qui permet de faire le tour du lieu Attention toutefois à ne pas sortir des chemins, la parcelle étant en grande partie interdite d’accès par son classement en réserve intégrale. À défaut de les voir, on imagine les échines sombres de sangliers tranchant la broussaille ou le passage d’un putois traversant une vieille piste en dur dont les abords sont grignotés par l’herbe. Nos chances sont plus grandes d’admirer ici un puissant prédateur: l’autour des palombes. Un splendide rapace, perché immobile dans un arbre et dont l’œil orangé suit attentivement l’activité d’autres oiseaux, ses proies.

Des reflets au pouvoir calmant
Passant sous la frondaison d’un bois orné de boules de gui, nous franchissons bientôt le charmant pont qui enjambe le dernier vestige de l’ancien delta du Rhône. Un bras mort qui se perd dans la forêt. Quittant le sentier qui s’aventure entre les rares habitations privées des lieux, nous arrivons en vue du Vieux-Rhône. Ce site magnifique relié au lac par un étroit chenal attire autant les navigateurs de plaisance que les passionnés de nature.
Aujourd’hui, ce qui fut l’ancienne gravière de Chaux-Rossa résonne d’étranges appels. Comme cela se produit de temps à autre, un canard, en l’occurrence une femelle de canard carolin originaire d’Amérique du Nord probablement échappée de captivité, se mêle aux colverts. Tout à côté, un pêcheur tente sa chance avec les brochets rôdant au fond des eaux troubles de l’étang. Avec son décor lointain de sommets préalpins, le Vieux-Rhône devient, sous la lumière pâle de cette journée de novembre, un paysage reposant animé du seul reflet mouvant des mâts colorés des bateaux.

Texte(s): Daniel Aubort
Photo(s): Daniel Aubort/Infographie Pascal Erard

infos pratiques

Y aller

En transports publics
Rejoindre la gare du Bouveret par train régional via Saint-Maurice. Autre possibilité, avec l’arrêt d’Aigle sur la ligne CFF du Simplon, puis service de car postal No 141 pour Saint-Gingolph, arrêt de Bouveret-Village. Voir horaires CFF sous  www.sbb.ch/fr/horaire
En voiture
Sortie Villeneuve de l’autoroute Lausanne-Sion. Prendre la direction d’Évian. Au Bouveret, très nombreuses places de parc au bas du village, notamment à proximité des parcs d’attractions (en partie payantes). Quelques places de parc aussi à la hauteur de la passerelle des Grangettes.

Le parcours

Parcours facile, à plat, de 8 kilomètres de longueur et deux heures effectives de marche. Après avoir suivi le cours du Rhône au Bouveret, passage sur la rive vaudoise du fleuve et large boucle au sein du domaine du Fort avant de rejoindre le port du Vieux-Rhône. Carte de l’OFT au 1:25 000 No 1264 Montreux.

Se restaurer

Restaurant de l’Étoile, à Noville. Spécialités de viande et de poisson. Labellisé Fait maison. Fermé les lundis et mardis ainsi que les mercredis et dimanches à partir de 16 h 30. Tél. 021 960 10 58

Se renseigner

Fondation des Grangettes: www.pronatura-grangettes.ch Troisième correction du Rhône sur les sites cantonaux: www.vd.ch et www.vs.ch