valais, Crans-Montana

Le long du bisse du Tsittoret, on s’offre une balade avec vue sur les sommets

Tour à tour paisible, joueuse ou sauvage, l’eau nous accompagne sur l’ensemble de l’itinéraire de cette randonnée rafraîchissante le long du bisse du Tsittoret, témoin vivant de l’histoire de Crans-Montana (VS).

Tout commence par une partie de cache-cache. Mais où se dissimule-t-il, ce bisse du Tsittoret? Depuis notre départ de Vermala, sur les hauts du village de Crans-Montana, nous tendons l’oreille et ouvrons l’œil pour repérer la présence de ce canal dont nous suivrons le tracé durant toute la durée de notre randonnée. Après quelques centaines de mètres qui nous permettent de distancer les installations des remontées mécaniques et la rumeur de la circulation, nous percevons un léger bruit d’eau. Le voilà! Niché dans un repli du terrain, qu’il suit en pente douce entre conifères et pâturages, le bisse du Tsittoret glougloute en sourdine sur un lit de gravier. C’est le signal que l’on peut ranger notre carte topographique: pour les prochaines heures, il sera notre unique fil d’Ariane. On progresse à flanc de coteau, le petit cours d’eau artificiel sur notre gauche le plus souvent, à droite aussi, voire sous nos pieds lorsque l’enjambe un étroit pont de bois. Il disparaît parfois sous terre, canalisé sur plusieurs mètres, avant de refaire surface: tout va bien, nous sommes sur le bon chemin.
La montée se fait plus raide lorsque nous nous éloignons de la route pour grimper au cœur d’un paysage rocailleux colonisé par une végétation quasi méditerranéenne. Bien que le vallon soit encore plongé dans l’ombre, l’air matinal déjà doux annonce la journée caniculaire qui nous attend. Quelques volées de marches nous forcent à ralentir le tempo et à nous arrêter, le souffle un peu court, pour boire une gorgée d’eau à notre gourde. Les promeneurs sont encore rares, mais cela ne va sans doute pas durer: le bisse du Tsittoret figure parmi les grands classiques de cette région plébiscitée par les amateurs de randonnée, et il n’est pas rare que le chemin qui le longe soit pris d’assaut pendant les vacances ou les week-ends ensoleillés. Il faut dire que, d’un accès aisé et se prêtant à mille variantes d’itinéraire, il est aussi bien moins vertigineux que bon nombre d’autres fameux bisses valaisans.

Plongée dans l’histoire
La forêt s’ouvre pour laisser place à un pâturage baigné de lumière. En face de nous, la chaîne des Alpes se déploie en blanc sur le bleu profond du ciel: Bieshorn, Weisshorn, Zinalrothorn, Obergabelhorn et Dent-Blanche entourent le Cervin, dont le triangle presque parfait se dessine nettement au second plan. Autant de sommets de plus de 4000 mètres qui constituent le décor de rêve de cette balade aérienne.
Plus bas, les toits de quelques chalets attirent notre regard. C’est le hameau de Colombire, une grappe de mayens d’autrefois posés sur cette pente douce qui accueille aujourd’hui un écomusée et un restaurant où le terroir est à l’honneur. Sauvés par l’Association du hameau de Colombire, ces mayens menacés de destruction sur leurs emplacements originels ont été déplacés vers ce site préservé, à 1800 mètres d’altitude, où ils ouvrent leurs portes aux randonneurs et aux curieux. En passant le seuil de ces chalets, on s’offre en effet une véritable plongée dans le passé, à une époque où l’agriculture faisait vivre les villages de la région et où les déplacements s’effectuaient au pas mesuré des mulets. «Autrefois, la vie de la région était rythmée par celle des troupeaux, raconte Anne ­Carron-Bender, guide du patrimoine passionnée par l’histoire du canton, qui anime régulièrement des visites guidées du hameau de Colombire. Au fil de l’été, on montait progressivement vers les hauteurs pour permettre au bétail de profiter des herbages. C’est ce que l’on appelle le remuage.» Le bisse du Tsittoret, lui, est à la fois un témoin et un acteur de cette longue histoire, puisqu’il existe au moins depuis le XVe siècle: aménagé pour irriguer champs et cultures, il joue toujours aussi fidèlement son rôle aujourd’hui.

L’eau domestiquée
Reprenant notre marche, nous quittons le hameau pour rejoindre le canal qui disparaît entre les mélèzes. Un geai pousse son cri rauque, les cloches d’un troupeau de vaches d’Hérens se font entendre dans la pente, tandis que le bisse produit un doux clapotis. C’est dans cette ambiance bucolique que nous poursuivons notre progression au fil de l’eau.
Arrivés en vue des parasols de la buvette de la Cave du Sex, nous attaquons une solide grimpette en nous aidant des cordes placées en bordure du chemin. Niché contre la paroi rocheuse, rejoint par quelques ruisseaux qui dévalent depuis les hauteurs, le bisse du Tsittoret nous guide vers le fond de la vallée. Un grondement lointain se fait plus puissant à mesure que nous avançons, jusqu’à découvrir une impressionnante cascade, que l’on contourne au prix d’un nouvel escalier. Arrivés au sommet, nous réalisons que nous sommes au bout du chemin: c’est d’ici que commence la course de notre bisse, alimenté par la Tièche. Un bassin de béton et quelques écluses orientent une partie de ses eaux vers le Tsittoret, tandis que le reste part vers la vallée. Plus bas, la Tièche sera rebaptisée Raspille et jouera le rôle de séparation symbolique entre Bas et Haut-Valais. C’est à cet endroit même que, chaque printemps, après avoir dégagé les branches et les pierres tombées pendant l’hiver, le gardien du bisse ouvre les vannes pour mettre en eau l’ouvrage, laissant cet or bleu filer vers les prairies et les vignes de la plaine.

Spectaculaire cirque naturel
Mais notre périple ne s’arrête pas là: si le soleil est haut, l’air est encore frais à cette altitude et nous ne résistons pas à l’envie de parcourir le vallon qui s’ouvre devant nous. Dans cette cuvette naturelle, plusieurs torrents de montagne se rejoignent, jaillissant de la roche ou surgissant sous les derniers névés de l’hiver. Le sentier monte en pente douce entre les éclairs bleus des gentianes et les sphères jaunes des trolles. On se salue brièvement lorsque l’on croise d’autres randonneurs, qui ont choisi d’effectuer la boucle dans le sens inverse. Un cri perçant: une marmotte, à quelques dizaines de mètres, siffle pour avertir ses congénères de notre présence. Sans la déranger plus longtemps, nous rejoignons le fond de ce cirque bordé de falaises, où s’écoule une impressionnante cascade. Nous nous arrêtons à bonne distance pour profiter de ce spectacle fascinant, fouettés par le vent saturé d’humidité. Le chemin repart vers le bas, et nous avec lui. Il est temps de poser nos sacs à dos et de profiter d’une pause amplement méritée avant d’entamer la descente qui nous ramènera, en moins de deux heures, à la civilisation. Ôtant nos chaussures et nos chaussettes, nous marchons prudemment sur les cailloux qui forment le lit de la Tièche. Là, dans le calme de la montagne, les pieds immergés dans l’eau agréablement glacée, on se prend à oublier l’heure et les soucis du quotidien. La plaine attendra!

+ D’infos www.cransmontana.ch/fr

étapes

Séjour insolite

Avez-vous déjà passé une nuit dans un mayen pluricentenaire? Au hameau de Colombire, c’est possible. À cette offre originale s’ajoute un beau panel d’activités, du yoga à l’initiation au travail du bois.
+ D’infos www.colombire.ch

La Plage des saveurs

Le restaurant de la Plage, au bord du lac de la Moubra, propose une cuisine de saison à déguster dans un cadre idyllique. À la carte, la raclette revisitée voisine avec des classiques du répertoire français.
+ D’infos www.restaurantlaplage.ch

Chocolat du cru

Les amateurs de chocolats d’exception le connaissent bien: David Pasquiet, fondateur de L’Instant Chocolat, est à la fois un artisan et un artiste, dont les créations sont aussi belles que savoureuses.
+ D’infos www.instant-chocolat.ch

Les herbes du gardien

Gardien du bisse du Tsittoret, Maurice Masserey est aussi producteur de plantes médicinales à Venthône. Son exploitation peu commune accueille groupes et familles pour des visites.
+ D’infos www.massereyplantes.ch

Un air de vacances

Durant les mois de juin et d’août, l’Étang Long prend des allures de station balnéaire avec sable et chaises longues, bar et jardin d’enfants, beach-volley et jeux d’eau.
+ D’infos www.crans-montana.ch/fr/beachclub

Sport de haut vol

Le temps d’un week-end, le village vit au rythme du saut d’obstacles: du 11 au 14 juillet, le Jumping Longines Crans-Montana accueille des ténors de la discipline.
+ D’infos www.jumpinglonginescransmontana.ch

Texte(s): Clément Grandjean
Photo(s): Clément Grandjean

infos pratiques

Y aller

En voiture
A9, sortie 28, Sierre-Ouest, direction Crans-Montana. Traverser le village et suivre Vermala, où se trouve un parking (payant).
En transports publics
Train jusqu’à Sierre, puis bus 422 pour Crans, ou funiculaire pour Montana.

Le parcours

Depuis le départ à Vermala, les panneaux de tourisme pédestre indiquent le tracé du bisse. Compter 17 kilomètres et 800 mètres de dénivelé.

Se restaurer

On croise plusieurs buvettes sur l’itinéraire, comme la Cave du Sex, la cabane de la Tièche ou le Relais de Colombire, ouverts de juin à octobre.

Se renseigner

Auprès de l’Office du tourisme de Crans-Montana, route des Arolles 4,
tél. 0848 22 10 12.

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