Escapade sauvageonne aux Merlas

Balades

fribourg, Gruyère

Escapade sauvageonne aux Merlas

En Gruyère, il est une petite vallée au cœur de laquelle on se sent comme au bout du monde: le Motélon. Quelques alpages, des vaches, des fleurs et un panorama à couper le souffle suffisent au bonheur du randonneur.

La route serpente et semble sans fin, sorte de sas forestier avant de commencer la balade. On quitte peu à peu la civilisation, en remontant le cours du Motélon. Ce torrent fougueux qui finit par se jeter dans le lac artificiel de Montsalvens.Tiens, un café! Entraperçue de la fenêtre de la voiture, la Pinte du Pralet est le seul établissement public de tout le vallon. Gageons qu’au retour, on appréciera de s’y désaltérer. Sitôt passé ce point de repère, il n’y a plus que les pâturages, les bois et les rochers. Il est plus que temps de laisser la voiture, pour partir à pied.
La vallée du Motélon est tout entière réservée à la nature et à l’activité pastorale. Elle s’étire en direction du Vanil-Noir, qui la domine du haut de ses 2389 mètres. Striées par les allers-retours des vaches, ses flancs vert tendre sont ponctués de chalets d’alpage voués à la production fromagère de gruyères AOP ou de vacherin fribourgeois AOP.

Une HLM à pics
Notre itinéraire transite par Vacheresse. Pour y monter, nous suivons une route en méandres. Elle passe près d’un vénérable érable sycomore au tronc noueux. Si large qu’on ne peut en faire le tour les bras tendus. Il domine le chalet du Vaju. On le surnomme «l’ange gardien». Ses branches largement ouvertes accueillent généreusement les trous de pics. En ce matin de juillet, l’ambiance en chemin est tout bonnement tropicale. Les chants d’oiseaux emplissent l’air moite, aux parfums musqués et capiteux. On savoure la paix et la quiétude des lieux. On se concentre sur le rythme soutenu de la marche.
Arrivé à la hauteur de l’alpage de la Leity, c’est l’odeur des cochons qui nous ramène à la réalité. Garde-génisses ou vachers passent ici plusieurs mois en été. Par leur travail, ils participent à l’entretien des paysages ouverts, mais aussi à celui des bâtiments. De vénérables chalets dont les toits tavillonnés brillent d’un éclat argenté. En prenant de la hauteur, le paysage se laisse dessiner et s’annonce prometteur. Mais sans nous attarder, nous piquons en direction de Vacheresse, l’un des alpages les plus élevés du canton de Fribourg (1748 m).
Une brise soutenue nous y accueille. Nous voici sur la crête qui domine les villages du Bas-Intyamon: Estavannens et Gandvillard. On devine le château de Gruyères et le Plateau qui disparaît dans la brume. Laissant dans notre dos le sommet du Bourgo, nous poursuivons sur l’arête. Prisé des randonneurs à skis en hiver, cet itinéraire est peu fréquenté l’été. Le sentier n’est pas très net tant l’herbe est haute. Les renouées bistortes et les berces nous battent les mollets. Ça stridule, ça vrombit à tout va, une myriade d’insectes et de papillons s’envolant à notre passage. On ne sait où donner de la tête. N’est-ce pas le Moléson, là, caché derrière ce nuage? Et sur l’autre versant, sans aucun doute, ce sont les Dents-de-Brenleire et de Folliéran. On a ici, à 360 degrés les principaux sommets des Préalpes fribourgeoises.

Un jardin extraordinaire
Parvenu aux Merlas (1908 m) on s’accorde une pause pour mieux apprécier la vue, adossé à la croix. Une armoire métallique contient un livre d’or, témoignage fragile des espoirs et des rêves qu’y ont laissés d’innombrables randonneurs. La descente jusqu’à Lite-Marie est un enchantement. Parterre de rhododendrons, bosquets de vernes, creux humides et buttes herbues: le replat des Merlas est un jardin extraordinaire. À savourer, puisque, il faut bien l’admettre, la dernière descente, pour rejoindre la voiture, ne permet guère de lever les yeux. Le chemin est raide, la température étouffante. Heureusement qu’il y a en perspective une bière bien fraîche à la Pinte du Pralet.

Texte(s): Marjorie Born
Photo(s): Marjorie Born/Infographie Pascal Erard

infos pratiques

Y aller

En transports publics
Il n’est pas possible d’accéder à la vallée du Motélon avec les transports publics.
En voiture
De Bulle, rouler en direction de Broc. À la sortie du village, prendre
à droite la route du Pessot, puis suivre la direction de la Pinte du Pralet. Dépasser le café et continuer jusqu’au parking, à proximité des panneaux
de la réserve du Vanil-Noir.

Le parcours

Le parcours emprunte en grande partie des routes d’alpage, mais la déclivité est parfois importante. Une paire de bâtons de marche n’est pas inutile. L’itinéraire n’est pas directement balisé, mieux vaut se munir d’une carte. Sur la crête, le sentier est par moments dissimulé dans la végétation. Longueur: 10,7 km, 830 mètres de montée et l’équivalent à la descente. Compter 4  heures de marche, sans pause, pour accomplir la boucle.

Se restaurer

La Pinte du Pralet, vallée du Motélon, Charmey. Spécialités fribourgeoises. Restauration non-stop. Ouvert de mai à octobre, du mardi au dimanche de 9 h 30 à 23 h; de novembre à avril, les vendredis soir et le week-end toute la journée. Fermé en janvier.
Sonia Nicolet-Fragnière, tél. 026 921 15 82, tél. 079 374 19 00

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