berne - vaud, Série d'été

#1 Balade de L’Étivaz à Gstaad par le col de Jable

Jusqu’à fin août, les journalistes de Terre&Nature se relaieront sur les sentiers de la Via Alpina. Au programme, randonner des Préalpes vaudoises au pied de l’Eiger, dans l’Oberland bernois, en huit étapes.

Notre Via Alpina à nous démarre au Pays-d’Enhaut. Plus précisément au village de L’Étivaz, d’où nous partirons ce matin pour la première des huit étapes qui nous mèneront à Meiringen (BE), à 145 kilomètres d’ici. À nous l’honneur d’inaugurer ce périple qui promet d’être mythique! Car autant le dire tout de suite, ce ne sera pas une mince affaire. Considéré comme l’une des plus belles randonnées de Suisse, ce parcours est exigeant, aussi bien en kilométrage qu’en dénivelé. On n’hésite donc pas à quitter le parking de L’Étivaz avant que le soleil ne se lève. Une fois traversé le village encore endormi et après avoir admiré le clocher tavillonné de la chapelle, on se met vraiment en route. Un premier raidillon nous propulse au milieu des alpages. En ce début juillet, ces derniers sont désertés par le bétail qui, à l’exception de quelques rares génisses, est alpé en altitude. L’itinéraire remonte ensuite la vallée de la Torneresse, et c’est à flanc de coteau que nous progressons, sous les sommets de la Douve et des Salaires. On traverse un dense massif forestier qui, à cette heure matinale, est encore dans l’ombre de la Pare. Il faut un pied sûr pour cheminer sur le sentier régulièrement obstrué par des éboulis où l’on aurait tôt fait de se tordre une cheville. Les premiers rayons du soleil nous accueillent au sortir des bois, vers 1700 mètres d’altitude, peu avant d’arriver au chalet du Petit-Jable. Il est situé au cœur de la réserve naturelle de la Pierreuse, la plus vaste zone protégée de Suisse romande. Quelques chèvres nous emboîtent alors le pas. Ce sont celles de Nicolas et Mélanie Henchoz, un couple d’agriculteurs qui exploite depuis six ans l’alpage de Jable et transforme, depuis la mi-juin, le lait d’une cinquantaine de vaches laitières en l’étivaz AOP. Du chalet s’échappe une odeur de bois et de lait. Il est 9 h 30, le feu crépite sous la chaudière, le grain de caillé est prêt, les fromages seront moulés sous peu.

Un col en forme de sourire
On quitte le chalet en pleine effervescence, passant devant le téléphérique utilisé exclusivement par les alpagistes. Sous une lumière mordorée, le paysage qui s’ouvre alors est enchanteur. À notre droite trônent le massif des Diablerets et l’Oldenhorn, tandis que le Witteberghore et les rochers de Clé s’élèvent en face, délimités, au sud, par le col de Jable. C’est le premier objectif sérieux de la journée. Souligné par un magnifique mur en pierres sèches de 200 mètres de long, le passage évoque un sourire mystérieux. On resterait des heures à admirer le travail effectué par les artisans et civilistes qui se sont succédé sur ce chantier achevé en 2018. Mais le soleil tape déjà fort et il nous reste encore quatre bonnes heures de marche pour atteindre Gstaad. On ne tarde pas à franchir la frontière des langues et à basculer côté bernois, où quelques névés subsistent encore. Accompagnés par les sifflements des marmottes, on longe d’abord les impressionnantes falaises calcaires de la Gummfluh avant de deviner au loin, brillante en plein midi, l’arrivée des télécabines de la Videmanette. Mais pas question de perdre de vue notre itinéraire! Le balisage irrégulier nous a déjà contraints à quelques détours et le terrain calcaire miné de petites cavités recouvertes de rhododendrons en fleur se transforme par endroits en véritable piège!
Sous une chaleur écrasante, on parvient enfin à l’alpage Wilde Bode, où l’on profite de la fontaine pour se rafraîchir. Le tintement des cloches trahit la présence des vaches qui passent la journée à l’ombre, dans l’étable. En leur absence, la longue descente dans les pâturages de l’Oberland prend des airs de traversée solitaire, via les alpages de Vorders Eggli et Schopfe, puisque le sentier d’Obers Motzi est fermé au public pour cause de travaux. On rejoint enfin la station huppée de Gstaad en cheminant entre vieux greniers et chalets luxueux, croisant autant de tracteurs Aebi que de Porsche Cayenne!

+  D’infos Prochaine étape: Gstaad – Lenk.

étapes

Col

Depuis le col de Jable, délimitant les cantons de Vaud et Berne, il faut encore quatre heures de marche pour rejoindre la vallée du Saanenland.

Nature

Génissons, névés, rhododendrons et murs de pierres sèches sont au rendez-vous de notre itinéraire.

Gstaad

Il s’achève dans la torpeur de la station huppée de Gstaad.

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Claire Muller

infos pratiques

Y aller

Rejoindre L’Étivaz par Aigle et le col des Mosses ou par Bulle et l’Intyamon.
Attention, chiens interdits dans la réserve de la Pierreuse. Randonnée réalisable en une journée: à Gstaad, reprendre le MOB jusqu’à Château-d’Œx, puis un car postal jusqu’au lieu de départ.

Le parcours

16,6 km et 1160 mètres de dénivelé positif. Compter 7 heures de marche. S’équiper de chaussures à très bon profil.

Se restaurer

L’alpage de Vorder Eggli, situé sur les hauteurs de Gstaad, propose une petite restauration. Tél. 033 744 57 03 ou 079 625 09 66