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valais, Sion

Balade dans un pays de cocagne se découvrant au fil de l’eau

Le long des bisses de Salins puis de Baar, peu connus du grand public, cet itinéraire nous emmène tout en douceur entre forêts et vergers, à la découverte d’un précieux patrimoine naturel et agricole.

Le son d’une cloche retentit dans notre dos, battant la mesure tandis que nous nous enfonçons dans les bois: c’est le clocher de La Vernaz (VS), point de départ de notre excursion du jour. Le bruit régulier s’estompe rapidement à mesure que nous disparaissons dans la végétation encore humide de la nuit, pour laisser la place au cri du coucou. Un pivert zigzague entre les troncs. Le ciel est lourd, les nuages s’accrochent aux reliefs et masquent encore les sommets qui se dressent sur la rive opposée de la vallée du Rhône. Qu’à cela ne tienne: la première partie de notre itinéraire est largement couverte de forêt, et ce n’est qu’au retour, dans quelques heures et une centaine de mètres en contrebas, que nous bénéficierons d’un point de vue dégagé sur la plaine. Ce n’est pas pour rien si les habitants de la région considèrent le grand bisse de Salins comme une balade particulièrement indiquée pour les plus chaudes journées de l’été. À l’abri des frondaisons, sur ce versant peu exposé au soleil matinal, on chemine en pente douce en profitant de la fraîcheur du bisse qui glougloute paisiblement.

Indispensables bisses
Tantôt libre, tantôt canalisée, l’eau sera notre fil d’Ariane durant toute cette randonnée. Nul besoin de carte topographique, de boussole ni de GPS, il suffit de suivre les bisses. Celui de Salins, d’abord, joue à cache-cache avec le terrain, la large rigole de bois ou de métal où il s’écoule épousant les courbes des vallons qui se succèdent. Parfois, il disparaît sous terre pour quelques dizaines de mètres. Mais ce n’est que pour mieux revenir, se rappelant par son murmure avant même qu’on ne le voie. Et ce jeu de cache-cache n’est pas nouveau: celui que l’on appelle aussi le Grand Bisse de Salins est mentionné en 1436 déjà.

Tracés par les hommes depuis des siècles – les premiers datent de l’Antiquité – pour amener une eau précieuse de la montagne vers les cultures de la plaine, les bisses font partie intégrante des paysages valaisans. D’un bout à l’autre du canton, on en dénombre près de 350! Rien que sur ce versant de vallée, il y en a quatre qui s’échelonnent de haut en bas, irriguant vignes et vergers depuis la nuit des temps. Joyaux de patrimoine, ils n’ont rien perdu de leur utilité, et la plupart d’entre eux remplissent toujours leur mission essentielle, ainsi qu’en témoignent les innombrables écluses, toutes en parfait état de marche, qui permettent de moduler le courant ou d’alimenter un canal secondaire.

Parmi les bisses du Valais, il y a les incontournables, prisés des familles et pris d’assaut dès le retour des beaux jours. Mais il y a aussi quelques joyaux moins connus qui font le bonheur des habitants du coin. Le bisse de Salins fait partie de ceux-là. Ce n’est pas faute d’arguments, pourtant, car la dizaine de kilomètres de son tracé regorge de points de vue sur la plaine et de prouesses d’ingénierie. Ici, il s’élance à travers le vide pour couper un virage. Là, il s’écoule dans un long tube de plastique posé sur des troncs écorcés et retenus par des câbles dans une pente escarpée. Là encore, c’est un couloir de métal qui longe le sentier, le murmure du ruisseau accompagnant les promeneurs.

Une multitude de milieux
Après un contour, nous sortons de l’ombre de la forêt. Les arbres se font plus rares, l’herbe plus haute, l’atmosphère quasi méditerranéenne. Trop occupés à observer les épines noires et les argousiers qui entourent le sentier, nous réalisons que le bisse a disparu, enterré sur plusieurs centaines de mètres. Nous sommes sur la crête de Clèbes, cette arête qui surplombe le village de Beuson. Ce site protégé est réputé pour sa prairie sèche, un biotope peu commun où l’on ouvre l’œil pour tenter d’apercevoir la pie-grièche, la fauvette à tête noire ou encore le lézard vert, autant d’espèces rares qui affectionnent le microclimat particulier des lieux. Des prairies aux aulnaies, en passant par les forêts de mélèzes ou les zones humides, le bisse de Salins sait décidément se renouveler.

Soudain, un éclair brun sur le sentier: c’est un écureuil qui arrive à toute vitesse, s’immobilise en nous découvrant avant de s’élancer dans la pente et de sauter d’un bond spectaculaire sur le tronc d’un feuillu. Il grimpe jusqu’à une branche haute d’où, en sécurité, il nous regarde poursuivre notre route. Entre les arbres, on voit alors apparaître un édifice intimidant: un mince pont métallique s’élance au-dessus d’une étroite vallée. L’ouvrage permet aussi bien au bisse qu’aux randonneurs de traverser, l’un dans son carcan de métal, les autres sur un plancher de bois, la main fermement arrimée à la rambarde. Nous voilà de l’autre côté. Il ne nous reste plus qu’à faire quelques centaines de mètres pour découvrir la source du bisse de Salins, la Printse, qui alimente à elle seule plus de la moitié des dix bisses de la vallée de Nendaz.

Parmi les abricotiers
Après avoir traversé le village de Beuson, on chemine à flanc de coteau dans une région où la culture fruitière est à l’honneur: il y a les cerisiers, bien sûr, qui parsèment les pâturages et les jardins, voire étendent leurs branches au-dessus du chemin en une tentation à laquelle il est difficile de résister, mais il y a surtout les framboisières qui ont fait la réputation de la région. Introduite au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la framboise a pris de l’importance jusqu’à occuper aujourd’hui près de 25 hectares sur la commune de Nendaz. Plus bas, on croise quelques parcelles de vigne avant que n’apparaissent, enfin, les abricotiers. Celui qui arrose ces précieux arbres fruitiers, c’est notre nouveau guide: le bisse de Baar, que l’on rejoint au niveau du village de Brignon. Lui aussi alimenté par la Printse, il est l’un des rares du canton à être en activité toute l’année.

Canalisé dans un écrin d’acier que supportent de complexes tubulures, le bisse de Baar trace un trait brillant parmi les vergers qui s’accrochent à flanc de coteau. Le paysage est enchanteur: à perte de vue, les abricotiers portent d’innombrables fruits dont la robe tire déjà, en ces derniers jours de printemps, sur le jaune orangé. Plus bas,
le regard porte sur Sion et ses alentours.
Les promontoires de Valère et de Tourbillon, les ruelles sinueuses de la vieille ville, l’aérodrome d’où décollent, de loin en loin, de petits avions à hélice dans un vrombissement de bourdons, le Rhône enfin, dont les courbes couleur turquoise serpentent dans la vallée. Assis sur un banc, on savoure la vue comme un enfant contemple un modèle réduit. De là-haut, suspendu parmi les abricotiers, bercé par le clapotis du bisse, on se sent comme hors du temps. Il faudra faire preuve de bien de la volonté pour se résoudre à quitter le coteau et rejoindre l’agitation de la vallée.

+ D’infos www.siontourisme.ch

étapes

Le Musée des bisses
Dans l’aride canton du Valais, les bisses sont si importants qu’ils ont même leur musée. Située à Botyre, sur la route d’Anzère, cette institution propose un véritable voyage dans le temps.+ D’infos www.musee-des-bisses.ch
 
Maison de la nature
Destinées aux classes de la région, mais aussi à tous les curieux, la Maison de la nature de Montorge est dédiée à la découverte de l’environnement. L’exposition actuelle est consacrée… aux crottes!+ D’infos www.maisondelanature.ch
Marathon des saveurs
23 kilomètres, 650 mètres de dénivelé, 5 haltes pour déguster mets et vins locaux: c’est le programme de cette épreuve sportive pas comme les autres, qui aura lieu le 17 octobre entre Sion et Salgesch.+ D’infos www.genuss-marathon.ch/fr
Guérites gourmandes
Les guérites, ce sont ces petites cabanes perchées dans les vignobles. Certaines d’entre elles ont été transformées en lieux de dégustation. La palme de l’originalité revient sans conteste au Cube Varone.+ D’infos www.celliers.ch
La forêt au musée

Remettre en question les rapports entre l’homme et l’environnement: c’est la mission du Musée de la nature du Valais. Un lieu de découverte en plein centre historique de Sion.

+ D’infos www.musees-valais-ch

Jardin des vins
Du 16 au 18 octobre, rendez-vous au Domaine des Îles pour fêter le vin et les vignerons sédunois: 225 crus locaux à la dégustation, large offre de restauration et animations au programme.
+ D’infos www.jardin-des-vins.ch/sion
Texte(s): Clément Grandjean, en partenariat avec Sion Tourisme
Photo(s): Clément Grandjean

infos pratiques

Y aller

En transports publics: train jusqu’à Sion, puis car postal direction Veysonnaz, jusqu’à La Vernaz. On empruntera la même ligne à l’arrivée à Pravidondaz.

En voiture: autoroute A9, sortie Sion-Ouest. Suivre la route de Nendaz, puis celle de Crête-à-l’Œil.

Le parcours

Compter environ 4 h pour parcourir les 14 km de la balade, majoritairement descendant.

Se restaurer

Café de la Poste, à La Vernaz, tél. 027 207 12 61

Se renseigner

Office du tourisme de Sion, place de la Planta 2, 1950 Sion, tél. 027 327 77 27

www.siontourisme.ch

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