Décryptage
Attention, la faune est très vulnérable au printemps!

Le retour des beaux jours est une période souvent périlleuse pour de nombreuses espèces. Tandis que certaines sortent de leur torpeur hivernale, d’autres mettent bas. À nous de veiller à ne pas les déranger!

Attention, la faune est très vulnérable au printemps!

Depuis quelques semaines, c’est l’effervescence dans les fourrés. La vie a repris dans les bois et les prairies survolées par des nuées d’insectes. Ce regain d’activité nous rappelle que le printemps est une période cruciale pour la flore et surtout pour la faune. Elle est non seulement la saison des amours, mais aussi celle des mises bas pour la plupart des mammifères et des oiseaux. Il faut donc que le promeneur se montre particulièrement vigilant en forêt. En plus d’avoir l’obligation de tenir son chien en laisse du 1er avril au 15 juillet, il doit savoir comment réagir en cas de rencontre fortuite avec un animal sauvage blessé ou en mauvaise posture au détour d’un sentier. Mieux vaut parfois ne rien tenter plutôt que de s’improviser soigneur, rappellent les associations de secours à la faune.

Des oisillons à gogo
De retour après un épuisant périple, les oiseaux migrateurs sont par exemple particulièrement sensibles. Ils ne tolèrent aucun dérangement pendant la nidification. «Il convient de ne surtout pas s’approcher des nids et des jeunes oiseaux trouvés sur le sol, rappelle Chloé Pang, de la Station ornithologique suisse. Un réflexe naturel serait de vouloir leur venir en aide. Or, chez certaines espèces, comme chez le merle noir ou le rougequeue noir, les petits quittent le nid avant de savoir voler, ce qui est tout à fait normal. Ces oisillons, aux commissures du bec jaunes et pouvant sautiller, n’ont pas besoin de nous. Leurs parents s’en occupent.» En revanche, ceux nus ou apathiques doivent être placés immédiatement dans une station de soins.

Rase-motte involontaire
Cela peut aussi arriver aux chauves-souris tout juste sorties d’hibernation. Elles attendent patiemment la réapparition des insectes avant de s’envoler, utilisant pour ce faire le peu de forces qu’il leur reste. Pour ces espèces protégées, la plupart étant même menacées de disparition, le printemps est primordial. C’est à cette saison que les femelles créent des colonies, au sein desquelles elles donneront naissance à un petit par an. «Certaines d’entre elles, affaiblies, peuvent également avoir un coup de froid et se retrouver au sol, constate Pierre Perréaz, de l’antenne vaudoise du Centre de coordination ouest pour l’étude et la protection des chauves-souris. Parfois elles se mettent à trembler, c’est en réalité bon signe. Cela indique qu’elles se réchauffent pour prendre leur envol.» Dès le mois de juin, elles s’installeront dans les cheminées, les caissons de store ou sous les toits. La loi interdit de les en chasser, et ce durant tout l’été. «Elles ne causent pas de dégâts et ne représentent pas un risque sanitaire, il faut donc agir quand elles partiront à la recherche d’un lieu pour hiberner», rappelle Pierre Perréaz, dont l’association reçoit chaque année plus de 450 appels à ce sujet.

Un jardinage fatal
À Aigle (VD), le téléphone de Véronique Schorro sonne depuis deux mois déjà. Mutilés par les robots-tondeuses fonctionnant la nuit et par les débroussailleuses, les hérissons arrivent en masse dans les locaux de SOS Hérissons Chablais. «On en a recueilli 76 depuis mars, explique la fondatrice du centre. Il faut inspecter le jardin avant d’y faire des travaux.» Même si ces petits mammifères sortent se nourrir pendant leur hivernation toutes les deux semaines en moyenne, cela ne les empêche pas d’être parfois déshydratés ou affamés au terme de la saison froide, précise Véronique Schorro. «C’est un animal nocturne. En voir un de jour est mauvais signe. Il faut alors l’attraper et le placer, avec des gants, dans un carton avec une bouillotte, cet individu souffrant souvent d’hypothermie même s’il fait 30°.»

Un salut venu du ciel
La chaleur, c’est justement ce qui sauve les faons en cette période de premières fauches de prairies. Chevrettes et biches y dissimulent leur progéniture, si bien que seules les caméras thermiques de drones survolant les prés peuvent les détecter. «Elles donnent naissance à leur faon dans les hautes herbes pour éviter qu’il ne soit attaqué par des prédateurs en forêt, comme le renard, le lynx ou encore le loup, indique Jean Walder, président l’Association Sauvetage Faons Neuchâtel. Leurs petits sont inodores.» Même s’ils semblent fragiles, il ne faut en aucun cas les manipuler, au risque de leur transmettre notre odeur. Ils seraient alors rejetés par leur mère et donc condamnés.

L’envol des abeilles
L’éradication pure et simple est également un risque encouru par les abeilles en plein essaimage. D’avril à fin juin, elles quittent leurs ruches pour aller explorer les environs, afin de régénérer leur colonie ou d’en créer une nouvelle. Ce mouvement de groupe est impressionnant, mais il n’y a pas lieu de paniquer, ces butineuses n’étant pas agressives. Elles sont en revanche vulnérables, notamment aux changements météorologiques soudains. «Si l’essaim se trouve dans le domaine public, le plus simple est de le signaler aux autorités qui organiseront sa récupération, explique le président de la Société romande d’apiculture François Saucy. On peut aussi contacter un apiculteur local qui s’occupera bien de ce nouvel essaim.»

Texte(s): Céline Duruz
Photo(s): DR

Des SOS entendus

Une myriade d’associations viennent en aide aux animaux sauvages blessés comme la Station ornithologique suisse, le Centre de réadaptation des rapaces à Bardonnex (GE), le zoo La Garenne à Le Vaud (VD), l’antenne vaudoise du Centre de coordination ouest pour l’étude et la protection des chauves-souris ou Erminea à Chavornay (VD). Les agriculteurs peuvent aussi compter sur des organisations telles que SOS Faons dans les cantons de Vaud, Neuchâtel ou du Jura. À noter que deux centres de soins SOS Hérissons sont ouverts à Genève et Aigle.

Questions à...

Joan Clara Eberlein, responsable du refuge Erminea

Quels animaux recevez-vous actuellement?
Essentiellement des oisillons tombés du nid ou qui ont été attrapés par un chat. Nous recueillons également des oiseaux ayant subi un choc contre une vitre ou un véhicule, ainsi que de nombreux hérissons, blessés par des tondeuses ou qui ont été empoisonnés.

Le public est de plus en plus sensibilisé à ces problématiques. Est-ce que cela se ressent dans votre centre de soins?
Oui, le nombre d’individus reçu ne cesse d’augmenter depuis la création du refuge en 2017.

À quel point le printemps est-il une période clé pour la faune?
C’est la saison durant laquelle naissent les petits, elle est donc importante pour la survie des espèces. À cette période, nous recevons beaucoup plus d’animaux, très jeunes parfois. Ces arrivages groupés engendrent, pour notre équipe, environ cinq fois plus de travail que pendant le reste de l’année.