À Zollikofen, on cherche le perchoir préféré des pondeuses suisses

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À Zollikofen, on cherche le perchoir préféré des pondeuses suisses

 Sur le site bernois d’Aviforum vient d’être inaugurée une halle destinée à l’étude du bien-être des poules et des lapins. Le but? Proposer des solutions concrètes aux aviculteurs.

À Zollikofen, on cherche le perchoir préféré des pondeuses suisses

Quelle est la meilleure façon de porter une poule pour lui éviter lésions, douleurs ou stress? Comment enrayer le phénomène d’entassement dans les poulaillers et éviter ainsi ses conséquences mortelles pour les pondeuses? Quels sont les diamètres, formes et matériaux de perchoirs préférés des volatiles? C’est à toutes ces questions que s’apprêtent à répondre les chercheurs du Centre spécialisé dans la détention convenable de la volaille et des lapins (ZTHZ), à Zollikofen (BE). «Nous nous concentrons exclusivement sur les problématiques liées au bien-être des poules et des lapins», précise Nadine Ringgenberg, chargée du projet pour l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV). À l’intérieur d’un bâtiment gris, d’apparence des plus communes, construit sur le site d’Aviforum, le centre de compétences de l’aviculture suisse, des scientifiques de l’OSAV et de l’Université de Berne s’activent autour de quelques centaines de poules dont les réactions comportementales et physiologiques sont scrutées et analysées.

Diminuer le stress
Il faut d’abord revêtir une combinaison de biosécurité et traverser le sas d’hygiène avant de pénétrer dans la première salle d’essai. C’est là, sous des lumières tamisées, dans huit box regroupant chacun une vingtaine de pondeuses, que les chercheurs testent les meilleures façons de manipuler une volaille. «Les poules pondeuses ne sont généralement portées que trois fois dans leur vie, ce qui leur occasionne un stress important, explique Nadine Ringgenberg. On peut clairement diminuer ce stress en les manipulant de façon appropriée.» Les poules sont suivies individuellement: filmés, leur comportement et leurs réactions de peur sont finement examinés, tout comme leur niveau de stress, via une analyse sanguine et la fréquence respiratoire. «Les résultats déboucheront sur des recommandations concrètes que nous pourrons communiquer aux éleveurs», poursuit ­Nadine Ringgenberg. Dans une salle attenante, ce sont les mouvements des volailles entre les étages des volières qui font l’objet de recherches. Chaque poule a un petit émetteur fixé à une patte. Des capteurs infrarouges placés sur la volière enregistrent chacun des déplacements sur plusieurs jours. «C’est un outil précieux pour comparer différents types de volières, améliorer leur structure et, finalement, en faire bénéficier les animaux, pour leur santé et leur bien-être.»

Une finalité des plus pratiques
Nadine Ringgenberg et ses collègues veulent également trouver une solution à un problème récurrent en élevage avicole: la fracture du bréchet, qui concerne trois poules sur quatre en Suisse. «En connaissant les distances idéales entre les étages des volières, ainsi que les inclinaisons les plus adaptées, on évitera aux volailles de se blesser, relève Nadine Ringgenberg. Ce sera une amélioration du bien-être pour elles, et, pour les éleveurs, de meilleures performances de ponte.»
Les conclusions des études menées au ZTHZ se veulent donc extrêmement pratiques et concrètes. De quoi susciter l’intérêt des éleveurs, comme Daniel Würgler, détenteur de poules pondeuses à Frasses (FR). «Seul un animal bien portant et en bonne santé peut produire des œufs sur une longue durée, souligne l’aviculteur fribourgeois. S’il est malade, ou qu’il se blesse, alors ses performances de ponte s’en ressentiront immédiatement. Nous autres éleveurs avicoles sommes friands de connaissances pour adapter nos pratiques à l’égard de nos animaux.»

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Claire Muller / DR

En chiffres

Aviforum, c’est:

  • 19’000 places au total pour poules pondeuses, poulets et poulettes.
  • 5 poulaillers d’essai dont 4 avec jardin d’hiver (normes SST) et 1 avec sortie en plein air (normes SRPA).
  • 1 halle d’essai fraîchement inaugurée où sont étudiées les conditions de détention.
  • 1 collaboration étroite avec les offices fédéraux vétérinaires et de l’agriculture et la faculté Vetsuisse de l’Université de Berne.

+ D’infos www.aviforum.ch

Bon à savoir

Avec ce nouveau bâtiment de recherche spécialisé dans la «détention convenable», la Suisse se dote d’un outil de recherche unique au monde. «Notre pays a été le premier à interdire les cages dans les élevages avicoles en 1992», rappelle Ruedi Zweifel, directeur d’Aviforum, le centre de compétences de l’aviculture suisse, à Zollikofen (BE). C’est d’ailleurs à la suite de cette interdiction qu’a été créé, en 1986, le Centre spécialisé dans la détention convenable de la volaille et des lapins (ZTHZ), où d’autres solutions que les cages ont été testées. «Depuis lors, la Suisse est pionnière dans le domaine de la détention respectueuse des volailles de rente», poursuit Ruedi Zweifel. Les recherches du ZTHZ portent sur les besoins fondamentaux des poules – disposer d’un endroit pour pondre protégé et sombre, dormir en hauteur pour se sentir en sécurité, prendre des bains de poussière et gratter une litière. «Plus on connaît les poules, plus on peut améliorer les volières et les adapter à leur comportement», affirme Nadine Ringgenberg. Les travaux menés à Zollikofen sont suivis dans le monde entier. «Même les Américains viennent se former chez nous pour améliorer leurs techniques d’élevage en plein air!»