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À Swisstopo, l’élaboration des cartes est un travail de haut vol

Découvrir la Suisse en trois dimensions, de la Pointe Dufour aux rives du Léman, avec une précision tout helvétique: ce sera une réalité d’ici fin 2019. Swisstopo y travaille depuis plus de dix ans. Reportage à Wabern (BE).

À Swisstopo, l’élaboration des cartes est un travail de haut vol

Du sommet des montagnes aux sous-sols, difficile de trouver en Suisse une donnée qui n’ait pas été mesurée par l’Office fédéral de la topographie Swisstopo. «On peut même savoir sur quel toit placer des panneaux solaires ou quelle vue on aura du dixième étage d’un bâtiment pas encore construit, raconte Ruedi Bösch, chef de la communication de l’Office à Wabern (BE). Nos cartes contiennent plus de 700 sujets, le but étant de fournir un maximum d’informations au public, le plus facilement possible.» Stratégiques pour l’armée, les cartes élaborées par l’Office fédéral guident aussi des millions de randonneurs sur les sentiers du pays chaque année et ravissent quelque
15 millions d’internautes par an.

Paysage scanné par avion
Pour faire honneur à la précision helvétique, les 350 collaborateurs de Swisstopo ne cessent d’améliorer les relevés, profitant d’images aériennes depuis les années 1930. Aujourd’hui, ils peuvent compter sur deux avions pour scanner l’ensemble du territoire, sous trois angles, pour permettre la réalisation de cartes en trois dimensions. On y voit les 3’700’000 bâtiments du pays et même les arbres qui les entourent en relief. Ce travail de titan a duré onze ans et s’est terminé en début d’année par un survol des Alpes à plus de 4600 mètres d’altitude.

Du cuivre à l’écran plat
«Nous sommes les premiers au monde à réaliser un travail aussi précis à l’échelle d’un pays», se réjouit Tobias Providoli, du secteur modèle topographique du paysage. Au départ, les cartes étaient réalisées sur des plaques de cuivre, ensuite remplacées par de la pierre. Aujourd’hui, tout se passe sur ordinateur. À l’écran, une image apparaît, visible en 3D grâce à des lunettes appropriées. Les clichés sont saisissants: la peau d’éléphant que l’on croyait admirer, grise et craquelée, se révèle être le glacier d’Aletsch, que l’on découvre en dézoomant l’image en quelques clics.

En plus de 180 ans d’existence, la technique s’est extraordinairement développée, mais le soin du détail, lui, est resté. «La carte Dufour est la première de la Suisse, au 1:100 000, continue Ruedi Bösch. Actuellement, celle que l’on propose sur notre site est dix fois plus précise.» La somme des données accumulées en près de deux siècles est impressionnante et permet d’assurer un suivi sur le changement du paysage, en se basant sur des informations fiables. «Aujourd’hui encore, les opérateurs doivent suivre les consignes de leur «bible» de travail, afin de garantir l’homogénéité des cartes», souligne Tobias Providoli.

À la maison près
Les experts de Swisstopo travaillent désormais sur la base des images aériennes prises par leurs avions pour réaliser leurs dessins, reproduisant fidèlement les contours du territoire. «On reçoit les données brutes, après qu’elles ont été traitées automatiquement par ordinateur. À nous ensuite de les simplifier, explique le cartographe Jérémiah Mauvilly. On veille à ce que les routes ne se chevauchent pas, par exemple.»

Il leur faut des heures pour rendre lisibles ces cartes d’une grande complexité. Chaque couleur, chaque trait est réfléchi, comme la police d’écriture, choisie pour gêner le moins possible la lecture. «On met beaucoup plus d’infomations sur les cartes papier qu’auparavant, poursuit Jérémiah Mauvilly. On souhaite qu’elles soient aussi instructives que celles sur les smartphones.» Les cartographes passent en moyenne 400 heures sur un plan de 48 cm sur 70, ensuite contrôlé et vérifié par trois collègues. «Quand on se rend dans des lieux sur lesquels on a travaillé, on a un peu l’impression qu’ils nous appartiennent, raconte le cartographe. On se les approprie, en quelque sorte.»

Actualisation permanente
Tous les six ans, les cartes sont remises à jour, Swisstopo espérant y parvenir deux fois plus vite à l’avenir. «À l’échelle du 1:25 000, on va dans le détail, notant tous les bâtiments. Au 1:50 000, on doit beaucoup simplifier, explique Jérémiah Mauvilly. Il s’agit alors de donner une représentation de la réalité permettant de s’orienter, en gardant le caractère des routes en zigzag dans les montagnes par exemple, mais pas de coller à la stricte réalité des lieux.»

Les noms des sommets, des villes et des lieux-dits, primordiaux sur de tels documents, sont ajoutés en dernier. Une étape un peu frustrante pour les cartographes, qui doivent parfois sacrifier une partie des détails sur lesquels ils ont tant œuvré. L’an prochain, les topographes reprendront les cartes en 3D une à une pour les actualiser, en commençant par Schaffhouse. Jusqu’en 2020, Swisstopo les affinera dans les régions de montagne, mettant à jour les éboulis, les falaises, la position des glaciers, qui ont parfois drastiquement reculé. «L’exploitation de ces images aériennes ne fait que commencer, glisse Tobias Providoli. Il reste encore tant de données à explorer.»

Texte(s): Céline Duruz
Photo(s): Pierre-Yves Massot

En chiffres

Swisstopo, c’est:

  • Le plus ancien office de la Confédération. Il a été créé en 1838 par le général Guillaume-Henri Dufour à Carouge (GE).
  • Entre 1845 et 1865, publication de la célèbre carte Dufour, le premier relevé topographique du pays en entier au 1:100 000. Les cartes sont aujourd’hui disponibles au 1:10 000 en format digital.
  • 350 collaborateurs répartis sur trois sites à Wabern (BE), Dübendorf (ZH) et au Mont Terri (JU).
  • 15 millions de visites par an sur map.geo.admin.ch géré par Swisstopo, soit entre 40 et 50’000 internautes par jour.

En Balade le nez sur le sol

Swisstopo a présenté cet été de nouvelles cartes révélant aux randonneurs la composition du sol se trouvant sous leurs pieds. Elles révèlent les dessous de Lavaux (VD), du haut lieu tectonique autour du Piz Sardona – à cheval sur les cantons de Glaris, Saint-Gall et des Grisons et aussi inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO – et du Val de Bagnes (VS). Grâce à ces plans, élaborés avec Suisse Rando, on découvre par exemple la géologie des terrasses de Lavaux, en prenant le temps de s’informer à divers arrêts, indiqués entre Lutry et Châtel-Saint-Denis (FR).

Dans ce lieu façonné par le glacier du Rhône, on découvre l’existence de la molasse subalpine, du «poudingue du Mont-Pèlerin» ou encore du «grès de la Cornalle». Le Service géologique national travaille depuis 2013 à Swisstopo pour vulgariser cet apect géologique, qui donne un éclairage sur la formation du paysage helvétique, en constante évolution depuis des millions d’années.

+ D’infos shop.swisstopo.admin.ch

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