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Portrait
La conteuse donne vie aux légendes de la Gruyère

Sylvie Ruffieux participe au calendrier de l’avent de l’association Contemuse, qui propose chaque jour des récits de Noël dans le canton de Fribourg. Cette amoureuse du folklore les revisite avec originalité et entrain.

La conteuse donne vie aux légendes de la Gruyère

Il était une fois une dame aux longs cheveux roux et à la voix claire. L’hiver venu, elle sillonnait les routes de la Gruyère, pour raconter les légendes de sa région à celles et ceux qui l’accueillaient au coin du feu. Au fil de ses récits, petits et grands s’émerveillaient, rêvaient, riaient, parfois pleuraient. Et durant quelques instants, le temps s’arrêtait. Cette histoire, c’est celle de Sylvie Ruffieux, conteuse depuis plus de quinze ans dans le canton de Fribourg. Ce mois de décembre, elle participe au calendrier de l’avent de l’association Contemuse, qui propose une histoire par jour jusqu’à Noël, de Châtel-Saint-Denis à Villarimboud, en passant par Charmey.

«Aujourd’hui, je suis dans un home, mais parfois je vais dans des bibliothèques, des associations ou même chez les gens. Cela fonctionne grâce au bouche à oreille. Ces événements ont du succès! En tout, nous sommes une trentaine de membres. À cette période de l’année, les rencontres sont simples et chaleureuses», observe cette habitante de Cerniat (FR), qui sera aussi au marché de Noël de Gruyères le 22 décembre, pour une balade contée en costume médiéval.

Poétique allégorie

Lectrice assidue des frères Grimm, auteurs de Blanche-Neige et de Cendrillon, c’est pourtant sa mère, fille de paysans, qui lui transmet l’art de conter. «Elle nous décrivait longuement son enfance à la ferme, à moi et à ma sœur, lorsqu’elle transportait les boilles de lait sur sa charrette», se rappelle-t-elle. Avide de découverte et «un peu rebelle», Sylvie Ruffieux quitte le nid familial après un apprentissage de laborantine en chimie, direction Bâle, puis Boston, pour apprendre les langues. Le voyage se poursuivra sur les cinq continents, de l’Asie à l’Amérique du Sud. «Là-bas, les gens sont fiers de leur culture. Quand je suis rentrée, je me suis davantage intéressée à ma région. Quitter son pays permet de mieux l’apprécier. Et puis mes montagnes me manquaient», souffle-t-elle en jetant un œil par la fenêtre sur le Moléson.

Membre d’un club de danse folklorique, c’est lors d’une fête cantonale qu’elle rencontre celui qui deviendra son mari, un agriculteur fribourgeois. Désireuse de l’aider sur l’exploitation, elle cherche à apprendre la comptabilité. «Mais, en feuilletant le catalogue des formations, je suis d’abord tombée sur des cours de conte. Je n’ai pas hésité une seconde! J’ai toujours été une femme de lettres plutôt que de chiffres. Du coup, mon mari attend encore», blague-t-elle.

Mais conter s’apprend-il? «Bien sûr! Il faut réussir à poser sa voix, suivre un fil rouge, improviser et surtout trouver un bon équilibre entre l’imaginaire et le rationnel.» Son tout premier conte, la quadragénaire s’en souvient comme si c’était hier. Puisant son inspiration dans des histoires du monde entier, elle avait raconté une légende chinoise en l’adaptant à sa région natale. «C’est le récit d’un vieil armailli et de la mort qui le guette. Je l’ai nommé Le peintre de la Valsainte. Cet univers allégorique permet de parler de choses difficiles, en restant léger. Chacun l’interprète comme il l’entend, selon son âge et son état d’esprit. Émouvoir le public est mon plus beau cadeau.»

La sagesse de la messagère

Les contes de Noël restent toutefois ceux qu’elle préfère. «Il s’agit souvent d’histoires de solidarité et de partage, où les honnêtes gens sont récompensés. La tradition orale fait l’unité d’un peuple. Mais il faut aussi savoir faire rire!» Et pour cela, Sylvie Ruffieux a plus d’un tour dans sa hotte, qu’elle a toujours sur le dos. Gestuelle digne d’un dessin animé, chansons entraînantes et instruments en tous genres, la conteuse investit l’espace dans une valse gaie et romanesque. «J’essaie de capter l’attention des enfants et des adultes. Je me suis beaucoup entraînée sur mes deux filles, qui en ont un peu marre aujourd’hui», glisse-t-elle en souriant.

Si cette habitante de la commune de Val-de-Charmey a d’abord eu du mal à se souvenir de la trame de ses récits, c’est aujourd’hui avec un naturel déconcertant et sans une once d’appréhension qu’elle conte devant des centaines de personnes à l’église de son village ou dans un foyer pour jeunes en difficulté, quand elle n’est pas à la Maison Cailler, à Broc, où elle est spécialiste qualité depuis plus de vingt-cinq ans.

Conserver les traditions

En plus d’enrober de poésie les contes centenaires, celle qu’on surnomme la «petite fée» leur donne une autre dimension, assure son amie Christianne Yammine. «Dans sa version de La fille du roi et la grenouille, la princesse ne veut pas que l’animal se transforme en prince, car elle ne veux pas avoir à laver ses chaussettes pour le restant de ses jours! Sylvie a le don de conter non pas par cœur, mais avec le cœur.»

Au-delà du conte de fées, c’est bien les légendes gruériennes qui font vibrer cette amoureuse du patois, qui n’hésite pas à truffer ses fables de références régionales. Comme dans l’histoire du saint Nicolas et de ses biscômes «chuppiés» (ndlr: brûlés) ou du poulain rouge de la Goletta. Sans compter celle de la fontaine de Lessoc, qui retrace la mésaventure d’une jument qui a mangé la lune. «Surtout ne révélez pas la fin! nous avertit la conteuse. Il faut laisser un peu de suspense…»

Texte(s): Lila Erard
Photo(s): Mathieu Rod

Son univers

  • Un lieu: le couvent de la Valsainte
    «Ce lieu isolé a une ambiance très particulière.»
  • Une musique: Les danses hongroises, Johannes Brahms
    «Je les écoute toujours lors des premières neiges.»
  • Un livre: «Dans la mer il y a des crocodiles», Fabio Geda
    «Un récit poignant et étonnamment gai d’un jeune migrant afghan.»
  • Un film: «Patients», Grand Corps Malade
    «Cette histoire d’un tétraplégique en centre de rééducation est pleine d’espoir.»

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