À la fête fédérale d’Estavayer-le-Lac, 
les Romands seront bel et bien là

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Lutte suisse
À la fête fédérale d’Estavayer-le-Lac, 
les Romands seront bel et bien là

À six semaines de l’échéance fatidique, les lutteurs romands arrivent au terme de leur préparation. Leurs chances sont bien réelles, en témoigne le bon bilan de la saison écoulée.

À la fête fédérale d’Estavayer-le-Lac, 
les Romands seront bel et bien là

Qu’on se le dise, à Estavayer-le-Lac, les Romands comptent faire parler la poudre. Nos lutteurs sont bien décidés à ne pas laisser passer leur chance, lors de «leur» Fête fédérale, les 27 et 28 août prochain. «Nos lutteurs ont été irréprochables dans leur préparation, leur entraînement. Ils ont toutes leurs chances»: à six semaines du rendez-vous d’Estavayer 2016, le chef technique romand, Rüedi Schläfli, croit plus que jamais au potentiel de son équipe pour décrocher la sacro-sainte couronne fédérale.
Et il y a en effet de quoi être optimiste. La saison de nos lutteurs a en effet été des plus satisfaisantes, exception faite de la fête alpestre du Rigi (SZ) de dimanche dernier– les Romands en sont rentrés bredouilles. «Les fêtes à couronne de Romandie ont été systématiquement remportées par des lutteurs de notre association, malgré la présence d’un couronné alémanique invité. C’est un signe qui ne trompe pas, analyse un des entraîneurs romands, Benoît Zamofing. Par rapport à 2013, voire à 2010, le niveau technique et physique de nos athlètes est bien meilleur. Du reste, on entend régulièrement autour des ronds de sciure dire que les Romands sont de nouveau là.»

Des couronnes à l’extérieur
Ces trois dernières années, nombre de lutteurs ont fait des sacrifices professionnels et familiaux. Certains d’entre eux ont réduit leur taux d’occupation, de façon à accumuler les heures d’entraînement, de fitness et de récupération. Et ça paie! Preuve en est, le nombre de couronnes obtenues par les Romands outre-Sarine, où le niveau est incontestablement plus relevé que chez nous. Quatre couronnes y avaient été gagnées en 2015, et déjà cinq en 2016. «C’est un bon indicateur de l’état de forme et du niveau des nos athlètes», poursuit Benoît Zamofing, lui-même couronné fédéral en 2001 à Nyon (VD).
Cette accumulation de bons résultats donne donc tout naturellement à Rüedi Schläfli l’occasion de se réjouir. «On a fait un sacré bond en avant en trois ans. Les deux revers consécutifs de la Fédérale de 2013 et du Kilchberg en 2014 ont participé à faire prendre conscience aux lutteurs et au staff du chemin qu’il nous restait à parcourir. Pour rappel, nous étions pour la première fois depuis les années 1960 rentrés bredouilles de la Fédérale de Berthoud il y a trois ans.»
À Estavayer, le team Romandie n’en restera pas moins le Petit Poucet, en comparaison des autres associations de Berne, du Nord-Ouest, du Nord-Est et de la Suisse centrale: «Nous serons les plus jeunes et les moins nombreux, résume Rüedi Schläfli. Mais à la différence des années passées, nous ne serons pas les plus légers. Il y a trois ans, il nous manquait 10 à 15 kilos de masse par gars. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.»

Tous les espoirs sont permis
Mieux préparés physiquement, entraînés plus sérieusement et entourés de façon quasi professionnelle, les Romands seront donc attendus par leur public, mais aussi par les Alémaniques. En témoigne le classement publié il y a quelques jours par le site spécialisé www.schlussgang.ch. Il place six Romands parmi les cinquante meilleurs lutteurs du pays. Benjamin Gapany s’affiche carrément en neuvième position. Le jeune agriculteur de Marsens (FR), qui a glané six couronnes cette saison, dont une en Suisse centrale, et remporté deux fêtes cantonales, concentre les espoirs de l’équipe. Il sait pertinemment que les attentes sont grandes, mais que sans une équipe forte et soudée derrière lui ses chances seront réduites.
Le Gruérien ne sera pas le seul dont se méfieront les lutteurs alémaniques. Citons Marc Guisolan, qui a notamment décroché une couronne à la Fête alpestre du Lac-Noir, où le niveau était, de l’avis général, plus relevé que jamais. Mais aussi les Vaudois Marc Gottofrey, Pascal Piemontesi, Stéphane Haenni ainsi que les Fribourgeois Vincent Roch, Steven Moser, Johann Borcard, dont les récentes performances sont de tout bon augure.
La poisse s’est malheureusement également acharnée sur nos lutteurs. L’Aiglon Steve Duplan, présenté en début de saison comme un des jeunes les plus prometteurs, est «out» depuis sa blessure aux ligaments croisés en juin. Tout comme William Häni, touché aux cervicales. Michael Matthey et Steven Moser, qui portent également de grandes chances de couronnes dans le clan romand, sont au repos forcé jusqu’à fin août.

L’importance du collectif
Le chef technique, Rüedi Schlälfli, devra composer avec ces blessures pour effectuer sa sélection définitive de 27 lutteurs et trois remplaçants. D’ici à l’officialisation le 4 août prochain, il aura la délicate mission de construire une équipe mêlant lutteurs expérimentés et jeunes prometteurs. Si certains, comme Victor Cardinaux, 20 ans, devraient se retrouver pour la première fois au milieu d’une arène de plus de 50 000 personnes, il est fort probable que l’on retrouve quelques trentenaires, comme Harald Cropt ou Frédéric Berset. Le Lacois de 37 ans a fait son retour sur la sciure ce printemps et pourrait bien participer là à sa cinquième Fédérale. «On a besoin de leaders en termes humains, c’est essentiel pour souder l’équipe.» Car l’aspect collectif sera primordial autour et dans l’arène d’Estavayer. Martial Sonnay le sait bien, lui qui a participé à quatre fêtes fédérales. «Seul, un lutteur ne peut rien. C’est un sport individuel, mais qui se pratique en équipe», affirme le chef technique vaudois.

Oser l’exploit!
Souder l’équipe, c’est la prochaine et dernière étape pour Rüedi Schläfli, qui demande d’ores et déjà à ses troupes d’oser davantage. «On sait pertinemment que gagner contre Mathias Sempach ou Christian Stücki relève de l’exploit. Mais il y a pléthore d’adversaires à notre portée. Il faut tenter le tout pour le tout, faire preuve d’audace. On a toutes les raisons d’avoir confiance en nous.»
Après des temps de disette, cet enthousiasme pourrait laisser penser à une forme de méthode Coué. À tort! Car du côté alémanique, il semble que le ton a également changé. «Dans les bureaux de classement, on nous considère avec davantage de respect.» Même Peter Schmutz, chef technique bernois, qui a coaché les derniers rois de la lutte Matthias Sempach et Kilian Wenger, le reconnaît. «Les progrès techniques et physiques sont bien réels. Le team romand mérite le respect.» Reste à décrocher une couronne, et pourquoi pas davantage, pour gagner l’admiration de toute la Romandie.

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): David Waser/ARLS