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Enquête
La neige artificielle tente d’améliorer son bilan écologique

Utilisée sur les pistes de compétition, comme aux Diablerets (VD), la neige de culture forme désormais la couche de fond de la plupart de nos domaines skiables. Pourquoi est-elle devenue indispensable?

La neige artificielle tente d’améliorer son bilan écologique

La neige qui est tombée abondamment leur offre un peu de répit. Christian Pollet et Aurélien Chambet sont responsables de l’enneigement artificiel sur le secteur des Diablerets (VD) de Télé Villars-Gryon Diablerets SA. Ils passent désormais un peu plus de temps dans leur atelier à des travaux d’entretien. En novembre et décembre, ils se sont relayés jour et nuit pour assurer l’enneigement de la nouvelle piste olympique Willy-Favre. «Grâce à l’informatique, nous mettons en marche les installations de production de neige à distance dès que les conditions météo – température, vent et humidité de l’air – sont optimales. Les réglages, contrôles et dépannages sont alors permanents. On fabrique des tas de neige que les dameuses répartissent ensuite pour constituer la couche de fond et assurer l’enneigement pour l’ouverture de saison.» En prévision des Jeux olympiques de la jeunesse, en 2020, l’infrastructure a été optimisée: 53 perches et 19 canons s’alignent le long de la piste. «Pour les compétitions, la neige de culture est indispensable. Elle doit être très humide pour offrir une surface gelée et résistante, mais aussi très régulière», souligne Christian Pollet.

Indispensable à Noël
Sur les pistes destinées au grand public, la neige artificielle s’est aussi généralisée. Près de la moitié des pistes helvétiques peuvent être enneigées techniquement, grâce à des perches ou à des canons à neige. Si de telles installations étaient exceptionnelles, il y a une dizaine d’années, elles semblent désormais aller de soi pour les stations de sports d’hiver, même si leurs effets collatéraux en termes d’approvisionnement en eau et de consommation d’électricité suscitent toujours des réactions de la part des milieux de protection de la nature. «La neige de culture est devenue indispensable pour la plupart des stations suisses, confirme Fabian Wolfsperger, de l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF). De nos jours, seul l’enneigement artificiel garantit l’ouverture des domaines skiables. Si Noël avait lieu quatre semaines plus tard, on en serait nettement moins dépendant.» Ce que confirme Didier Détraz, directeur adjoint et chef technique de Télé Villars-Gryon Diablerets SA: «Les fêtes de fin d’année représentent environ 25% de notre chiffre d’affaires annuel. L’enneigement artificiel nous permet aussi de garantir l’ouverture du domaine jusqu’aux dates de fin de saison annoncées en automne.» En effet, le réchauffement climatique réduit l’enneigement naturel. Les flocons tombent plus tard en hiver et la couverture neigeuse fond plus tôt au printemps. Ce qui explique l’extension spectaculaire de l’enneigement artificiel. Ces onze dernières années, ce domaine des Préalpes vaudoises qui totalise 30 installations pour 84 kilomètres de pistes (sans Glacier 3000) a investi environ 15 millions de francs.

L’eau et de l’énergie: deux défis
Sur le terrain, la neige artificielle produite par les canons n’est que la pointe de l’iceberg. Si elle ne nécessite que trois ingrédients – de l’eau, de l’air et de l’électricité –, la nivoculture se distingue par sa haute technicité. Son principe de fabrication s’appelle la nucléation. Il consiste à pulvériser des gouttelettes d’eau et de l’air sous haute pression par de fines buses, pour qu’elles se congèlent avant d’arriver au sol sous la forme de petites billes de glace. Sur le secteur des Diablerets, l’eau provient d’une retenue située de l’autre côté de la vallée, au-dessus d’Isenau. Elle est acheminée par des conduites forcées. Une station de pompage pousse ensuite l’eau jusqu’au sommet de la piste. Bien que filtrée, elle encrasse et entartre tout de même les buses de diffusion qu’il faut démonter et nettoyer régulièrement. Si les canons sont équipés de compresseurs qui aspirent l’air ambiant, les perches fonctionnement avec un système d’air comprimé produit à distance. Cette évolution technique permet de fabriquer de la neige dès -3 degrés au lieu de -7. Dans la station de traitement, l’air est comprimé, refroidi, purifié et asséché avant d’être injecté dans les conduites. «Sous chaque lance à neige se trouve un regard dans lequel on doit parfois descendre pour accéder aux vannes, explique Aurélien Chambet. C’est relativement dangereux, car on intervient dans un espace restreint et enterré, où il y a de l’air et de l’eau sous pression et du courant électrique à 380 volts.» L’électricité est en effet la dernière composante du système. Et pas des moindres. Sa consommation est importante, c’est une réalité. «Les nouvelles buses nous ont permis de réduire considérablement la consommation d’eau, qui retourne, de toute façon presque totalement à l’environnement en fin de saison», souligne Christian Pollet. Les fabricants et hautes écoles spécialisée, en collaboration avec l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches, poursuivent leurs recherches pour améliorer l’aspect énergétique (voir l’encadré). Sur le secteur des Diablerets, 167’000 m3 de neige ont été produits fin 2018. Ajouté à celle qui vient de tomber naturellement sur les Ormonts, l’enneigement de la piste semble assuré jusqu’en fin de saison 2018-2019.

Texte(s): Marjorie Born
Photo(s): Bruno Augsburger/DR

Questions à...

Fabian Wolfsperger, doctorant dans le groupe Projets industriels et sports de neige de l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF), à Davos (GR)

Quelles solutions techniques existe-t-il pour améliorer la production de neige de culture?
Les enneigeurs peuvent être optimisés de manière à nécessiter moins d’énergie par mètre cube de neige. Les pertes d’eau dues à la sublimation, à l’évaporation et au transport du vent pendant l’enneigement doivent également être minimisées en réglant correctement l’installation, en fonction des conditions météorologiques. De plus, il ne faut produire que la quantité de neige nécessaire, ce qui est difficile à évaluer. Le SLF propose, dans le cadre du projet européen Prosnow, des modèles qui peuvent être utilisés pour calculer plus précisément la quantité nécessaire dès le début de saison et aider les domaines skiables à optimiser la gestion de la neige.
Est-il vrai que l’enneigement technique est indispensable, non seulement pour pallier l’absence de neige mais aussi pour assurer la qualité des pistes?
Oui, car seule une quantité de neige suffisante peut garantir la qualité technique d’une piste, et donc le plaisir de skier. Lorsque l’on prépare des pentes trop peu enneigée, des obstacles peuvent apparaître (pierres) et les terrains seront moins nivelés. La neige de culture permet également d’élargir les pistes pour limiter la concentration des skieurs sur un espace restreint.

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