Quand les déchets et les eaux usées remplacent le mazout

Incinération déchets © Patrick Martin
 

En matière de chauffage, ils ne sont pas nés de la dernière pluie. A la retraite aujourd’hui et habitant depuis plus de cinquante ans une petite villa dans les hauts de Lausanne, Liliane et Dominique Wihler ont connu encore l’aire du charbon. «Lorsque nous nous sommes installés dans cette maison qui avait été construite dix ans plus tôt, elle était chauffée au charbon. Dans les années soixante, nous sommes passés au mazout. Au cours des décennies, nous avons changé trois fois la citerne et autant de fois le brûleur. Depuis trois ans, nous n’avons plus ce type de souci, nous sommes reliés au chauffage à distance de la ville», expliquent-ils. Si elle est encore sur le toit, leur cheminée n’a plus aucune utilité.

Energie tirée des déchets

Soucieux de réduire leur impact sur l’environnement, les Wihler peuvent désormais se targuer de posséder une maison devenue du jour au lendemain beaucoup plus écologique que par le passé sans même avoir besoin de changer les radiateurs ou d’installer des panneaux solaires sur le toit ou en façade – ils ont toutefois renforcé l’isolation des murs et de la toiture. Et pour cause, la chaleur de chauffage à distance, qu’ils reçoivent directement chez eux, provient à plus de 70% de l’énergie dégagée par la combustion des déchets de l’usine d’incinération Tridel. Quelque 18 000 ménages lausannois, de même que plusieurs bâtiments administratifs, bénéficient de ce système qui s’inscrit dans la politique de développement durable de la ville. Pour des raisons de coûts liés aux installations de raccordement, le système est plus adapté aux grands immeubles qu’aux maisons individuelles. Proches du réseau, «conçu dans les zones où il y a une grande densité d’immeubles», les Wihler ont déboursé 25 000 francs pour se raccorder. Quelques-uns de leurs voisins ont fait pareil.

Si les chauffages à distance ne sont pas nouveaux en eux-mêmes (celui de Lausanne a septante-cinq ans d’existence, à l’origine il chauffait les bâtiments de l’Hôpital cantonal), c’est la façon dont elles sont alimentées qui, aujourd’hui, tend de plus en plus à privilégier les énergies renouvelables ou des énergies résiduelles provenant de l’industrie ou de la combustion de déchets.

Les autorités lausannoises ont tout dernièrement annoncé qu’elles allaient étendre le réseau de chauffage à distance vers le sud de la ville au cours des prochaines années et construire une nouvelle chaufferie aux abords de la station d’épuration communale pour y convertir les boues en énergie de chauffage. A Eclépens (VD), les rejets de chaleur d’une cimenterie sont récupérés pour le chauffage à distance depuis 1995. A Estavayer-le-Lac (FR), le Groupe E a inauguré tout récemment un nouveau réseau de chauffage à distance doté d’une centrale thermique alimentée par le bois de la région. Avec 7000 mégawattheures thermiques produits annuellement, celle-ci peut chauffer l’équivalent de 500 villas tout en évitant des rejets de CO2 dans l’atmosphère. Souvent vu comme une excellente alternative aux énergies fossiles, à commencer par le mazout, le bois «n’est pour autant pas une ressource inépuisable comme on le pense trop souvent», prévient Pierre Chuard, professeur à l’EPFL.

Récupération thermique

La récupération de l’énergie contenue dans les eaux usées, une solution qui est encore peu connue du grand public, offre une autre alternative qui pourrait être aussi beaucoup plus largement exploité à l’avenir. Selon les estimations faites par SuisseEnergie, il y a là un potentiel important: «Les ménages rejettent quotidiennement plus d’un milliard de litres d’eau tiède dans les canalisations. Cette énergie thermique pourrait être récupérée et permettre de chauffer plus de 300 000 appartements» dans notre pays. Des installations font déjà leurs preuves en Suisse allemande, notamment à Winterthur où un quartier de 400 logements est chauffé depuis 2003 grâce aux eaux usées. Comme quoi et peut-être aujourd’hui plus que jamais en matière d’énergie, rien ne doit se perdre.


Léo Bolliger

Terre&Nature, le 15 avril 2010
 

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Chauffer moins, la meilleure alternative

On peut chercher toutes les technologies possibles et imaginables, la meilleure solution reste, en fin de compte, d’avoir moins besoin de chauffer nos habitations. C’est bien vers cela que tend d’ailleurs de plus en plus aujourd’hui la construction. «Avant d’optimiser le chauffage d’une maison, il faut optimiser son isolation pour en réduire les besoins énergétiques, relève Manuel Bauer d’Estia, une société située sur le site de l’EPFL qui s’emploie à promouvoir l’innovation et la mise en œuvre des principes du développement durable dans l’environnement construit. Ces besoins en chaleur peuvent être réduits de manière très importante, jusqu’à plus de 80%.» Pour Pierre Chuard, ingénieur et professeur à l’EPFL, le défi consiste à développer de nouveaux matériaux isolants – «On a un immense retard dans ce domaine!» – permettant de construire plus facilement des maisons qui soient passives thermiquement. Sachant que les réserves de pétrole se tarissent, il faudra recourir au solaire à l’avenir, tant pour la production d’eau chaude que d’électricité. «Il n’y a pas vraiment d’autres solutions possibles», note Pierre Chuard. La société va s’électrifier (pompes à chaleur, voitures électriques, etc.), c’est inéluctable. Reste à produire en masse du courant vert.
 
 

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Chauffés au charbon, puis au mazout, Liliane et Dominique Wihler sont désormais connectés au chauffage à distance de la ville de Lausanne.
 
 
 
 
 
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Pour rendre leur maison plus efficiente au niveau énergétique, ils ont renforcé l’isolation de l’enveloppe extérieure et de la toiture.

 

 
© Photos Léo Bolliger
 

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