Lourdes pertes dans les ruches
Marjorie Siegrist
Près de 30% des ruches n’ont pas résisté à l’acarien varroa. A la recherche d’explications et de solutions, les apiculteurs s’inquiètent.
D’un apiculteur à l’autre, les chiffres divergent, mais l’impression est la même: le nombre de colonies d’abeilles n’ayant pas passé l’hiver est impressionnant. «Les résultats définitifs ne seront connus qu’en avril 2010, mais il semble déjà que l’hécatombe soit aussi conséquente que lors de la saison 2002-2003, s’inquiète Jean-Daniel Charrière, collaborateur scientifique au Centre de recherches apicoles de l’Agroscope Liebefeld-Posieux. Nous atteindrons sans doute un pourcentage moyen de perte de l’ordre de 25 à 30%.» En cause, l’acarien Varroa destructor, importé en Europe dans les années 1980 et parasite naturel de l’abeille asiatique Apis cerena. Il infeste désormais les ruches helvétiques avec plus ou moins de virulence. «Au printemps 2009, les conditions climatiques ont été très favorables à la multiplication des varroas qui avaient passé l’hiver, précise Jakob Troxler, président de la Fédération d’apiculture vaudoise. En août 2009, il était déjà trop tard, les traitements n’ont pas pu enrayer le fort développement de ces parasites. Ils auront été fatals aux abeilles d’hiver.» A l’image de Marianne Tschuy, à Genolier (VD), beaucoup d’apiculteurs n’ont ainsi trouvé qu’un amoncellement de cadavres en ouvrant leurs ruches, ce printemps.
Pesticides en cause
Pour Jean-Daniel Charrière, si l’acarien joue un rôle essentiel dans la mort hivernale des abeilles, il faut également prendre en compte les virus qu’il transporte, ces derniers participant à l’affaiblissement général de l’immunité des abeilles. «Quant aux pesticides agricoles, ils peuvent être responsables d’intoxications d’abeilles en cours de saison s’ils sont mal appliqués, mais leur implication dans les cas de mort hivernale est peu probable, estime Jean-Daniel Charrière. En Suisse, nous avons encore une agriculture diversifiée et la politique agricole essaie d’augmenter les surfaces naturelles riches en biodiversité et favorables aux insectes.» Le spécialiste reconnaît toutefois que les abeilles sont soumises à un cocktail de produits chimiques dont on ne connaît pas bien les effets à long terme.
Des moyens de lutte existent
Si les causes de la mort des abeilles sont multiples, les solutions pour les préserver le sont aussi. L’utilisation d’acaricides ayant peu à peu rendu le varroa résistant, une alternative utilisant l’acide formique, l’acide oxalique et le thymol a été développée. Il s’agit toutefois d’un concept de traitement en plusieurs étapes qui doivent être systématiques pour garder le degré d’infection d’une colonie à un niveau supportable. Plus nombreuses et plus compliquées, ces interventions exigent un meilleur suivi de la part des apiculteurs. Or ces derniers ne sont pas tous très rigoureux dans la tenue de leur rucher, ni suffisamment informés. Président de la Fédération d’apiculture du Jura et chargé de projet pour la Fondation rurale interjurassienne, Gérald Buchwalder a mis en place un système d’alerte afin de soutenir plus efficacement les apiculteurs. «Entre Boncourt (JU) et Bienne (BE), plusieurs ruchers feront régulièrement l’objet de comptages pour estimer le développement des populations de varroas. En fonction du taux d’infestation, les responsables donneront des consignes pour avancer ou modifier les traitements.»
Alors que le nombre de colonies d’abeilles a fortement chuté en Europe et aux Etats-Unis ces cinquante dernières années, la crainte est grande de voir beaucoup d’apiculteurs jeter l’éponge. Un constat inquiétant lorsque l’on sait que les abeilles mellifères et sauvages assurent 80% de la pollinisation des plantes cultivées et sauvages.
(Article paru dans l'édition du 8 avril 2010)



















