Nature
Thierry Bohnenstengel capture un murin à moustaches au Mont-sur-Lausanne (VD). Le biologiste neuchâtelois travaille à l’élaboration de la nouvelle liste rouge des chiroptères. © Photo Olivier Born

Comment les scientifiques élaborent-ils les listes rouges?

Alexander Zelenka


Les listes rouges quantifient avec précision le degré de menace qui pèse sur chaque espèce. Comment ces études déterminantes pour la biodiversité sont-elles réalisées? Quel est leur coût? Explications.

«EX, CR, EN, VU…» Si les animaux et les plantes pouvaient parler, c’est peut-être dans ce jargon mystérieux que certains répondraient si on leur demandait comment ils se portent. «Ces abréviations correspondent aux différents statuts définis par l’Union mondiale de conservation pour la nature (UICN) pour déterminer le degré de menace qui pèse sur les espèces inscrites sur les listes rouges», explique Yves Gonseth, directeur du Centre suisse de cartographie de la faune (CSCF), à Neuchâtel. Traduction? VU, pour vulnérable (vulnerable en anglais), EN, pour en danger (endangered), CR, pour en danger d’extinction (critically endangered) ou EX, pour éteint (extinct).

Précieux travail de terrain

Avec une poignée d’autres centres de compétences helvétiques, le CSCF a été mandaté par la Confédération – via l’Office fédéral de l’environnement –, pour réaliser ces diagnostics. «Nous sommes chargés d’établir les listes rouges pour l’ensemble de la faune suisse, à l’exception des oiseaux, dont s’occupe la Station ornithologique suisse de Sempach (LU)», précise Yves Gonseth. Dans un souci d’harmonisation avec les autres pays européens, la Suisse a adopté en 1999 les critères internationaux de l’UICN, qui fixe également des procédures de travail standardisées à l’intention des chercheurs.

Pour établir une liste rouge, il existe deux approches: «Soit on se base uniquement sur des avis d’experts, soit on fonde cet avis sur un important travail de terrain. Les études menées sur la faune et la flore en Suisse sont principalement réalisées selon cette seconde méthode. Bien que plus longue et plus coûteuse, elle a l’avantage d’être reproductible et plus transparente.»

Un exemple? Le biologiste Thierry Bohnenstengel a été chargé par le CSCF et les centres de coordination ouest et est pour l’étude et la protection des chauves-souris de superviser les travaux de réactualisation de la liste rouge des chiroptères. Un chantier pharaonique qui a démarré en 2007 et qui s’achèvera en 2011. «L’objectif est de recenser les populations de chauves-souris indigènes, pour avoir des chiffres plus précis que ceux contenus dans la précédente liste publiée en 1994 sur la base de données existantes et de témoignages d’experts», précise le biologiste.

Des coûts importants

Récoltées à travers toute la Suisse par une vingtaine de collaborateurs sur une centaine de sites, les données sont obtenues grâce à l’utilisation d’appareils acoustiques qui permettent d’enregistrer puis de ralentir les cris des chauves-souris, rendus ainsi audibles et reconnaissables. Les résultats sont ensuite croisés avec ceux obtenus par un nouveau logiciel informatique, capable d’identifier chacune des vingt-huit espèces officiellement présentes chez nous d’après leurs ultrasons. «Une fois les données triées, on rédige une liste primaire, qui donne une première indication de la menace qui pèse sur les chauves-souris, ajoute Thierry Bohnenstengel. Selon que l’habitat est mis en péril par des activités humaines ou non, et en fonction de l’évolution des populations, un avis définitif sera donné, après une ultime consultation par des experts. La rédaction de la nouvelle liste pourra alors commencer.»

Depuis l’adoption des critères internationaux de l’UICN, une dizaine de listes rouges ont été publiées en Suisse. Financé par l’Office fédéral de l’environnement, leur coût varie entre 150 000 et 200 000 francs par an selon le type de projet, sa complexité et le nombre d’espèces étudiées. «Du point de vue légal, les listes rouges sont un outil d’évaluation de la qualité des milieux, qui permet de déterminer précisément le degré de menace pesant sur chaque espèce, souligne Yves Gonseth. Ce diagnostic posé, il devient possible de définir des mesures de conservation des espèces les plus menacées et de leurs habitats.»

(Article paru dans l'édition du 21 janvier 2010)

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www.cscf.ch
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