Jardin
Fève d'Aguadulce, à longue cosse. © Alain Mermoud

Avec la fève, osez un légume historique!

Alain Mermoud


La fève a longtemps nourri l'humanité avant de perdre de son attrait dans nos assiettes. Dommage, car ses qualités méritent qu'on lui fasse une place dans nos jardins. A semer sans trop tarder

Diverses fouilles archéologiques révèlent que la fève a été cultivée dès la préhistoire. Cette légumineuse, qui n'existe pas à l'état sauvage, est présente dans la cuisine chinoise à partir du Ve millénaire avant Jésus-Christ. Les Egyptiens et les Grecs l'utilisaient accessoirement comme bulletin de vote. Par contre, le savant grec Pythagore l'avait formellement interdite à ses adeptes, ayant observé certaines contre-indications (voir encadré). Les Romains en faisaient une grande consom- mation, les notables de l'époque allant jusqu'à en distribuer de grandes quantités à l'occasion de certaines fêtes. Ils avaient également coutume d'utiliser la fève comme jeton pour désigner le roi du banquet des saturnales. Cette fête est à l'origine probable de l'utilisation de la fève dans la galette des Rois.

Essentiel au Moyen Age

La popularité de la fève a perduré en Europe jusqu'à la fin du Moyen Age. Moines et paysans en faisaient un élément indispensable de leur alimentation hivernale en raison de ses solides qualités nutritives. Son prestige était tel qu'une forte amende punissait son vol. Ce légume faisait l'objet d'un véritable commerce et son prix suivait celui du pain. Mais la découverte des Amériques mit fin à sa notoriété: ramenés du Nouveau-Monde par les navigateurs, le haricot puis, plus tard, la pomme de terre l'ont progressivement supplanté dans les habitudes alimentaires des Européens. Les pays méditerranéens lui sont restés fidèles; ils en sont aujourd'hui les principaux consommateurs et producteurs, suivis par la Chine.

Une plante facile

Le jardinier qui souhaite profiter de la richesse de cette plante n'aura aucune peine à la faire pousser dans nos régions. Les fèves aiment les terres fraîches et profondes, argilocalcaires, ni trop sèches ni trop riches - un excès d'azote les fait pousser tout en feuillage. On évite de les cultiver sur un sol ayant porté d'autres légumineuses dans les deux ans qui précèdent. Un emplacement ayant servi à la culture des courges fait très bien l'affaire.
Quelques coups de croc suffisent pour préparer le terrain; en profiter pour faire un apport de cendre de bois, que les fèves affectionnent. Semer une graine tous les 15 cm en lignes distantes de 40 cm, à une profondeur de 3 cm. Ou enfouir quatre ou cinq graines tous les 30 à 40 cm en lignes espacées de 50 cm.
La levée survient dans les deux semaines qui suivent la plantation, à une température de 6 à 8 degrés. Penser à protéger les jeunes plants des oiseaux, puis à les butter dès qu'ils auront atteint une hauteur d'environ 15 cm, puis à nouveau à 30 cm pour consolider leur assise. Pincer les tiges au-dessus du cinquième groupe de gousses bien formées pour hâter la croissance et contrer les colonies de pucerons qui infestent toujours les extrémités bien tendres.
Compter environ trois mois avant une récolte qui peut commencer en juin. On peut cueillir les gousses vertes pour consommer les grains frais; il est possible de laisser les plantes sécher sur pied avant de récolter les gousses, qui deviennent alors noires, et de les entreposer pour la conservation hivernale.

Semis hâtifs

Habituellement, on sème les fèves au plus tôt dans la seconde moitié de février. Le semis peut s'effectuer jusqu'à la fin mars. Certains jardiniers préfèrent cependant les semer d'octobre à mi-novembre. Le semis d'automne a l'avantage de donner une récolte à la fois plus abondante, plus précoce et, par là même, moins sujette aux attaques de pucerons et aux assauts de chaleur estivale qui stoppent la croissance de la plante. A l'arrivée des premiers frimas, les fèves auront 3 à 4 cm de hauteur et quelques feuilles; les plantes seront déjà assez résistantes, mais il convient cependant de les protéger: biner délicatement le sol avant de le recouvrir d'un bon paillis de fougères sèches. Ajouter un petit tunnel si la température atteint les -10 degrés. Vers la mi-mars, enlever la protection contre le froid, les plantes supportant le gel (jusqu'à -3 degrés). La récolte peut s'effectuer dès le mois de mai, avec quinze jours à un mois d'avance sur les semis de février-mars! Mais, quoi qu'il en soit, il vaut mieux semer tôt si on veut profiter des bienfaits des fèves! (09 février 2005)

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