Nuit sur la paille et concerto de sonnailles à l’alpage des Plainoz
Tout l’été nous vous emmenons dormir à la campagne, dans des hébergements insolites. Pour cette première nuit, suivez-nous sur l’alpage des Plainoz, dans la vallée de Joux (VD). On y dort à la grange.
Eh bien non, la paille, ça ne pique pas! Dans la grange du chalet des Plainoz, à quelques kilomètres du Lieu (VD), les bottes ont été déficelées et étalées pour former un doux matelas doré et isolant. Une couverture, un sac de couchage et nous voilà parés pour une nuit dans la grange. Au-dessus de nos têtes, la charpente en bois de cette vénérable bâtisse construite en 1760. L’alpage qu’occupent Evelyne Meylan-Aubert et Jean Bernhard est posé entre pâturages et forêts, sur les hauteurs de la vallée de Joux, La nuit y est fraîche et paisible. Le rouge-queue lance ses premiers trilles peu avant le lever du jour. Il annonce un autre concert: la symphonie des alpages!
Réveil au son des cloches
Le morceau débute à six heures, par le doux ronron de la machine à traire. Puis, voilà que tinte la première cloche. Les vingt-cinq vaches viennent à tour de rôle se faire traire avant de ressortir de l’écurie pour rejoindre le pâturage. Depuis le grenier, situé juste au-dessus, on est aux premières loges pour apprécier la musique. «Je mets une cloche à la sonorité plutôt grave sur les bêtes un peu nerveuses, nous expliquera Jean Bernhard à l’heure du déjeuner. Ça les calme. Pour les vaches trop placides, je privilégie une tonalité plus aiguë afin de les stimuler un peu.»
Malgré l’activité qui règne à l’écurie, les trois jeunes cyclistes qui passent aussi la nuit sur la paille profitent de faire la grasse matinée. Plaisir et privilège auxquels les agriculteurs, eux, n’ont jamais l’occasion de goûter. «Pour nous, les journées sont longues, confie Evelyne Meylan-Aubert. On se lève avant six heures, on travaille toute la journée dehors puis on accueille les gens de passage en soirée.» Evelyne et Jean passent les quatre mois d’estive aux Plainoz et le reste de l’année au Lieu, au domaine de l’Impasse-du-Loup. «Le chalet appartient à ma famille. Il a été habité à l’année jusqu’en 1936. La frontière avec la France ne passe pas loin. Longtemps, c’était un point de chute pour les contrebandiers. Du tabac et des saucisses étaient cachés dans la cheminée avec la complicité des propriétaires.»
Découvrir la vie de la ferme
Aujourd’hui, pour diversifier leurs activités et mettre du beurre dans les épinards, les agriculteurs ont choisi une méthode moins rocambolesque: la vente des produits de la ferme et le tourisme rural.
Avec ses vingt-cinq places, le dortoir sur la paille accueille depuis plusieurs années les amateurs de nuits insolites, mais aussi les classes et même les garderies. «Cette année, nous nous sommes inscrits auprès de l’association Aventure sur la paille, afin de devenir une étape sur l’itinéraire SwissTrails. Les gens qui passent de ferme en ferme à vélo apprécient la nature, et s’intéressent volontiers à notre travail.»
Oublier ses soucis
Aux Plainoz, il n’y a qu’une citerne d’eau et pas d’électricité. Des panneaux solaires permettent quelques douches chaudes et l’éclairage en soirée. Mais il convient d’être parcimonieux. «On vit simplement, relève Jean. Certains clients sont surpris par le peu de confort. J’essaie de faire en sorte qu’ils se relaxent, oublient leurs habitudes, leur télévision, leur natel et profitent du cadre.» Mission accomplie! A l’heure du déjeuner, sur la terrasse face à la Vallée, on en oublierait presque de retourner au bureau…
(Article paru dans l'édition du 8 juillet 2010)
+ D’INFOS
Alpage des Plainoz, Le Lieu (VD), tél. 079 213 89 48, www.impasseduloup.ch
Souper raclette au feu de bois et produits de la ferme, nuit sur la paille et petit-déjeuner: 45 fr. par personne, 20 fr. pour les enfants de 6 à 15 ans. Aventure sur la paille: www.abenteuer-stroh.ch/fr
La semaine prochaine: le Towerhotel de Waldkirch (SG).



















