Une nuit dans une yourte mongole
Alexander Zelenka
Tout l’été nous vous emmenons dormir à la campagne dans des hébergements insolites. Nuit sur les hauteurs de La Fouly (VS) dans une yourte. Dépaysement assuré!
S’il revenait parmi les vivants, il y a fort à parier que Gengis Khan apprécierait de s’arrêter à la Peule, à 2037 mètres d’altitude, au-dessus de La Fouly (VS). Le légendaire conquérant mongol ne pourrait que rêver d’établir son camp près de l’une des deux grandes yourtes, solidement plantées à l’extrémité de cet alpage pittoresque, accessible uniquement à pied. «Nous les avons importées de Mongolie, explique Nicolas Coppey, qui s’occupe avec sa femme Sabine et leurs cinq enfants de ce petit coin de paradis. Chaque élément a été fabriqué à la main par des artisans. Le jour où on les a reçues, j’étais en train d’en monter une avec l’importateur, quand tout à coup il s’est mis à pleuvoir. J’ai dû me débrouiller tout seul pour la seconde. Sans mode d’emploi, ce n’était pas évident. Après deux années de pratique, on s’est beaucoup améliorés.»
De toute façon, ce n’est pas le montage d’une yourte qui pourrait décourager ce dynamique et joyeux couple d’agriculteurs de montagne. «Je suis venu ici pour la première fois quand j’avais huit ans, en tant que berger, se souvient Nicolas. Autrefois, l’alpage était en consortage. Lorsque celui-ci a été dissous, la bourgeoisie d’Orsières a décidé de le louer à des privés, il y a treize ans. C’est ainsi que notre aventure a commencé.»
Les premières années, la vie sur l’alpe était rude. «Nous logions au-dessus de la cave à fromages, poursuit Sabine, alors que Nicolas part rassembler les soixante vaches pour la traite du soir. A l’époque, nous n’avions pas de personnel. Nous faisions tout nous-mêmes. L’accueil, les repas, les soins aux animaux, la traite, le fromage. Il n’y avait pas encore l’électricité. On s’éclairait avec de vieilles lampes à pétrole.» Depuis, l’alpage a été entièrement remis à neuf. «Ces deux dernières années, nous avons réaménagé l’ancienne écurie, pour y construire un dortoir de trente-cinq places. Avec les deux yourtes, nous arrivons à loger vingt-cinq personnes supplémentaires. C’était notre rêve depuis le début d’arriver un jour à ce résultat.»
Soirée raclette
Mais qui dit augmentation de la capacité d’accueil, dit aussi supplément de travail. Pour tenir le coup durant les cent jours que dure la saison à l’alpage, les Coppey peuvent compter sur l’aide précieuse de cinq saisonniers. «Nous avons toujours travaillé avec des Polonais, explique Sabine, qui se hâte de faire sécher le linge pour pouvoir enchaîner avec les préparatifs du souper. Ce sont de sacrés bosseurs. Certains reviennent depuis plusieurs années. Ils font partie de la famille.» Les Coppey ont encore un joker: Marguerite, la maman de Nicolas, qui monte presque tous les jours depuis Som-la-Proz, plus bas dans la vallée, pour leur donner un coup de main. Voire les ravitailler en confitures maison, pour le plus grand bonheur des hôtes.
Après avoir installé nos affaires dans la yourte et déplié nos duvets qui sentent bon le soleil, nous retrouvons plusieurs groupes de marcheurs au visage hâlé, déjà attablés au réfectoire. «Nous accueillons surtout des Français, qui font le tour du Mont-Blanc. Mais depuis quelques années, de plus en plus de gens montent depuis La Fouly ou depuis Ferret, notamment pour dormir dans les yourtes.» Dans la salle, l’ambiance est bon enfant. Les discussions s’animent et les plaisanteries fusent d’une table à l’autre. Tous semblent apprécier l’excellente raclette de Sabine, accompagnée de vin de la région. Les alcools traditionnels tels que génépi ou vieille prune resteront ce soir à leur place. Beaucoup de marcheurs repartent tôt, demain. «C’est déjà dur comme ça, plaisante l’un d’eux. Mieux vaut ne pas avoir la gueule de bois!»
Nuit fraîche et silencieuse
A la fin du repas, nous discutons encore quelques instants à l’extérieur. Le ciel, entièrement dégagé, est constellé d’étoiles. On entrevoit la silhouette des yourtes où nous nous réjouissons de dormir bien au chaud. Lampe frontale sur la tête, nous entrons à pas de loup. Certains dorment déjà. Il ne faut pas longtemps pour que nous les imitions à notre tour, couchés confortablement sur un lit de paille plus que moelleux.
Le lendemain, un petit rayon de soleil qui filtre à travers un interstice de la toile nous réveille. Nicolas Coppey, que nous croisons dehors, est levé depuis longtemps. «Je commence la traite à cinq heures. A huit, j’attaque la fabrication du fromage. Nous avons 1200 litres de lait par jour avec lequel nous faisons du fromage à raclette et des tommes fraîches. A la fin de la saison, nous repartons avec 1500 pièces que nous vendons essentiellement à des restaurants de Verbier.» A l’extérieur, l’air est délicieusement frais. On ne peut s’empêcher de penser à ceux qui, en bas, se plaignent sans doute déjà de la chaleur. Nous attaquons le petit-déjeuner composé uniquement de produits de la ferme. Confitures maison – avec une mention spéciale pour le pot fraise-rhubarbe –, beurre de la ferme, pain paysan et café. La journée ne pourrait pas mieux commencer…
(Paru le 22 juillet 2010)
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Alpage de la Peule, 1944 La Fouly, ouvert du 15 juin au 20 septembre, réservations au 027 783 10 41.



















