Echanges de graines
Marjorie Siegrist
Chaque début de mois, Francine Giroud Crisinel nous ouvre les portes de son potager à Denezy (VD). Actuellement, avec sa voisine Claire-Anne Gilliéron, elles se partagent les semences récoltées dans leurs jardins et préparent une soirée de troc.
Le jardin dort encore. Mais les jardinières trépignent! A Denezy, il y a bien trop de neige pour «crouiller» dans les carreaux. Tout juste a-t-on le droit, à la faveur d’une clairée de soleil, de traquer les premières perce-neige et primevères. En attendant, c’est le dernier moment pour feuilleter les catalogues des semenciers ou faire des échanges de graines. Francine Giroud Crisinel partage son attrait pour le binage et le repiquage avec Claire-Anne Gilliéron, qui vit au bas du village. Depuis dix ans, elles s’échangent des semences issues de leurs cultures respectives. Volontiers partageuses, elles ont très vite choisi d’étendre le principe à toutes personnes intéressées. «Au début, les rencontres avaient lieu à la cuisine. Nous étions une petite dizaine en comptant nos filles et des copines», se rappellent-elles. Puis, le bouche-à-oreille aidant, le cercle s’est agrandi. Une trentaine de personnes se réunissent désormais chaque année dans la salle du collège de Denezy. Il n’est pas indispensable de venir avec ses propres graines, les deux voisines disposent à elles seules d’un stock considérable!
A récolter mûr en septembre
Pour notre venue, Claire-Anne Gilliéron a sorti des paniers et des cartons remplis d’enveloppes. Elles contiennent des fruits secs de toutes sortes: capsules, gousses et akènes. «Je laisse au moins une plante de chaque variété monter en graines, précise-t-elle. Entre celles que je récupère et celles qui se ressèment spontanément, je n’ai pratiquement plus besoin d’en acheter.» En 1994, la syndique de Denezy a recréé un jardin paysan. Vivaces, graminées, plantes annuelles, médicinales ou aromatiques, et divers légumes poussent entre les bordures de buis taillés et les rosiers.
Les graines ne se récoltent guère avant septembre. Il est préférable qu’elles mûrissent sur la plante. Dans certains cas, toutefois, il vaut mieux récupérer le péricarpe entier avant qu’il ne se désagrège. Francine ramasse toutes les graines qu’elle trouve dans son jardin, pour le plaisir des formes et des couleurs. «Je les sèche bien, je les trie, puis je les mets dans des enveloppes.» Les plus décoratives ont les honneurs de la table familiale: les haricots nains yin yang, dans un verre transparent et les ombelles de salsifis dans un vase en étain. Au potager, inévitablement, nigelles, cosmos, soucis ou arroches se ressèment partout. Mais nos jardinières, à qui il arrive de piquer des graines sur des plantes sauvages ou dans les jardins botaniques, laissent volontiers s’exprimer la nature.
Remonter le fil de l’histoire
Reproduire ses propres graines permet de faire des économies mais aussi d’assurer la sauvegarde de variétés anciennes, particulièrement bien adaptées aux conditions locales. Dans les carreaux de Claire-Anne pousse une variété de laitue à toutes petites feuilles. Son origine s’est perdue dans les méandres de l’histoire familiale. Elle n’est connue que sous le nom de «laitue de la petite grand-mère». Après dix ans de recherches, Francine a fini par retrouver l’arroche rouge qu’elle ramassait étant enfant. Grâce à la revalorisation récente des plantes anciennes, ces semences se vendent désormais dans le commerce.
Toujours en quête de variétés à découvrir, les deux jardinières accordent aussi leurs faveurs à quelques semenciers professionnels: Sativa, Gugger-Guillod, Eberly, L’autre jardin, Pro Specie Rara ou Haeberli-beeren. Sans oublier le catalogue de Thompson-Morgan, qui fait rêver Francine durant les longues soirées d’hiver.
(Article paru dans l'édition du 4 mars 2010)
+ D’INFOS
La soirée annuelle d’échange de graines aura lieu le mercredi 17 mars 2010 à 19 h 30 à la salle du collège de Denezy


















