L’hiver est bientôt derrière nous
Isabelle Erne
Généreux en neige, mordant de froid, tel est le portrait-robot de février. Qui sait pourtant aussi caresser ses champs poudrés de blanc d’un soleil déjà doux, et voit partout des fleurettes émerger entre les feuilles mortes…
Nous voilà au plein milieu de l’hiver… et c’est pourtant maintenant que ça commence à sentir sérieusement le printemps! Les jours s’allongent nettement, bien sûr, mais c’est aussi la lumière qui se réchauffe, les moineaux qui pépient différemment, la mousse qui s’allume de reflets dorés, les lézards qui entament leurs disputes territoriales au moindre rayon tiède. Et puis les premières floraisons. C’est déjà ce qu’on vous disait le mois passé? C’est qu’il ne s’agit pas des mêmes… Les fleurs de janvier sont de vraies braves, qui commencent souvent à pointer dès novembre, ne s’arrêtent pas même sous la neige, et persistent couramment jusqu’au mois de mai. Tandis qu’en février apparaissent celles qui annoncent vraiment le printemps – et souvent ne fleurissent que brièvement, comme les petits crocus dits botaniques.
Dans les prés, à peine la neige fondue, s’épanouissent en mauve ou en blanc les crocus du printemps (Crocus albiflorus). C’est de cette espèce indigène que seraient issus les hybrides à (relativement) grosses corolles, qui s’épanouissent un peu plus tard, en mars-avril. Mais, curieusement, ce ne sont pas ses cormes que l’on trouve en automne dans le commerce sous l’appellation de crocus «botaniques», mais ceux d’espèces pour la plupart originaires du sud-est de l’Europe. Notamment Crocus flavus, Crocus chrysanthus aux fleurs originellement jaune d’or (on en a toutefois sélectionné des cultivars à corolles striées de violet, jaune beurre, mauves, violettes, blanc bleuté, qui s’épanouissent chaque année en suivant le même ordre) ou Crocus tommasinianus aux tépales rosés, un peu plus tardif.
La diversité des espèces et variétés, alliée à leur facilité à se propager, permet aux crocus d’offrir l’illusion d’une floraison relativement longue – plus d’un mois – même si chaque plant ne fleurit en réalité que quelques jours, surtout s’il fait doux. Une illusion que la plupart des autres petites printanières ne peuvent donner – mais les éranthes compensent en jouant les grandes marées d’or, les scilles en multipliant les clins d’œil bleu ciel sous le pommier, et les iris réticulés en nous perdant dans les arabesques de leurs motifs délicats.
(Article paru dans l'édition du 11 février 2010)


















