Les castors créent des remous
Marjorie Siegrist
Les castors créent des remous De plus en plus nombreux à s’installer dans les cours d’eau de notre pays, les castors causent des dégâts aux cultures et aux rives. La solution? Leur offrir plus d’espace en revitalisant les rivières.
Fin décembre 2009, un castor perçait la digue du ruisseau de Coppet, dans la Broye, entre Domdidier (FR) et Avenches (VD). Les champs, en contrebas, étaient partiellement inondés, annonçait La Liberté. Avec l’augmentation des populations de ce rongeur amphibie, ce type d’incident va-t-il se multiplier? «Sans doute. Le castor agit comme un indicateur. Là où sa présence cause des problèmes, les cours d’eau n’ont pas assez d’espace», constate le biologiste Christoph Angst, responsable du Service conseil castor, sur mandat de la Confédération.
Betteraves et arbres fruitiers
En effet, en édifiant des barrages, le castor peut provoquer des inondations. Il fait parfois bombance dans les cultures de betteraves et de maïs ou coupe des arbres fruitiers. Mais c’est en creusant des galeries dans les berges qu’il crée le plus de dommages. La plupart du temps, les agriculteurs ne se plaignent pas des castors. Ils sont bien plus préoccupés par les sangliers! «Les dégâts concernent le plus souvent des infrastructures , car 75% des cours d’eau suisses sont bordés par des chemins», indique une étude récente réalisée par l’Office fédéral de l’environnement.
Des parades existent: «On peut prévenir les déprédations en posant des manchons grillagés autour des troncs, en installant des tuyaux dans les barrages pour assurer le débit de la rivière ou même en clôturant des tronçons», précise Pierre-Alain Marro, responsable de Beaverwatch, organisme indépendant chargé du suivi du castor en Suisse.
En cas de dommages importants, les cultivateurs lésés sont indemnisés financièrement. Comme l’animal fait partie des espèces protégées au niveau suisse, la Confédération participe pour moitié au montant. L’autre moitié est prise en charge par les cantons via leur fonds d’indemnisation des dégâts du gibier, une enveloppe alimentée notamment par la vente des permis de chasse. Selon Christoph Angst, la somme destinée chaque année à indemniser les déprédations commises par le castor sur les arbres et les cultures n’excède pas 10 000 francs pour toute la Suisse. «C’est peu», commente-t-il.
L’enjeu repose sur les berges
Le castor passe la majeure partie de son temps à moins de 10 mètres du cours d’eau où il a élu domicile. Lui accorder cet espace serait, en fin de compte, la meilleure manière de résoudre durablement les conflits. La solution: créer des zones tampons le long des rivières. Autre avantage, ces zones abritent une large biodiversité tant animale que végétale et offrent des liaisons entre les territoires favorables à la faune. «Il faudrait changer l’affectation de 1% des terres agricoles pour offrir un tel espace à tous les cours d’eau du plateau suisse, relève Christoph Angst. Bien sûr, il convient de trouver une solution pour que les agriculteurs n’y perdent pas. Les berges naturelles peuvent par exemple entrer dans les 7% de zones de compensation écologique exigées pour avoir droit aux paiements directs.» Avec l’augmentation des risques de crues le long des cours d’eau fortement canalisés, il coûtera bientôt moins cher de les revitaliser que de payer les dégâts.
Les autorités politiques commencent à le comprendre. Sous la pression de l’initiative populaire Eau vivante, le Conseil des Etats a déposé un contre-projet intitulé Protection et utilisation des eaux. Le Conseil national l’a adopté à son tour en avril 2009. Il prévoit notamment que, dès 2012, la Confédération versera chaque année 40 millions de francs aux cantons pour qu’ils puissent réaménager leurs cours d’eau. Ce n’est pas le castor qui s’en plaindra.
(Article paru dans l'édition du 21 janvier 2010)
+ D’INFOS
Centre suisse de cartographie dela faune, Conseil castor, Christoph Angst: tél. 032 725 70 23
www.cscf.ch
Beaverwatch, Suivi du castor en Suisse, Pierre-Alain Marro: tél. 079 696 54 95
www.beaverwatch.ch
Les propriétaires de terrains victimes de dégâts commis par les castors peuvent prendre contact avec Conseil castor ou Beaverwatch pour confirmer le diagnostic et évaluer les solutions envisageables pour limiter les déprédations à l’avenir.



















