Nature
Brume dorée et teintes ocre: c'est l'automne! © Alexandre Scheurer

Montagne: Derniers sursauts d'ardeur

Alexandre Scheurer


L'automne est une saison à nulle autre pareille: la palette de couleurs exubérantes qu'il compose est le dernier acte joué par la nature avant l'hiver, l'ultime défi de la belle à la morte saison. Et, comme bouquet final, l'arrière-saison voit aussi se dérouler les amours bruyantes du cerf et celles, mouvementées, du chamois

C'est au-dessus de la limite des forêts que l'automne fait sa première percée. Car, en altitude, la dureté du climat raccourcit la période de végétation. Ainsi, les graminées baignées de rosée jaunissent déjà en septembre. Puis les landes à éricacées où se marient rhododendrons, myrtilles et airelles se parent de teintes rouge flamboyant, rehaussées ici ou là par la dorure d'un saule ou l'éclat argenté de la roche. Ces landes exhalent des saveurs presque sensuelles quand le soleil les réchauffe... En forêt, l'automne se fait un peu attendre. Mais bientôt jaunissent l'érable sycomore, le mélèze (fait unique parmi nos conifères) ou des essences pionnières comme le bouleau et le tremble aux feuilles arrondies.

Des oiseaux et des baies

Les feuilles composées du sorbier des oiseleurs virent, elles, au rouge. En automne, cet arbre s'agrémente de belles grappes de fruits écarlates, qui font le délice des oiseaux et lui ont valu son nom. Ces baies, comme celles du sureau, sont très importantes pour les oiseaux. Grâce à elles, les migrateurs réunis pour le grand voyage acquièrent la graisse nécessaire à leur périple long de plusieurs centaines ou milliers de kilomètres. Parmi ces «cueilleurs», on compte différentes espèces de grives, des granivores au bec robuste comme le pinson des arbres, des frugivores, et même des insectivores tel le pipit des arbres.
Les gallinacés sauvages dépendent aussi des baies. A l'automne, dans les forêts encore habitées par la sensible gélinotte, il arrive de provoquer l'envol froufroutant de la «poule des bois» affairée dans les sureaux ou les framboisiers. Quant aux tétras-lyres, qui fréquentent la lisière supérieure des forêts alpines, leur prédilection va aux myrtilles et autres éricacées.

La chasse aux réserves


Dans certains cas, il y a symbiose entre l'animal et le végétal. Le casse-noix moucheté se nourrit notamment des graines de noisetier et d'arole, les plus énergétiques. En automne surtout, il en emmagasine jusqu'à 90 dans une poche située sous sa langue, qu'il transporte puis stocke à la lisière supérieure des forêts. Une fois l'hiver arrivé, grâce à sa mémoire de corvidé, il parvient à retrouver ses réserves sous le manteau neigeux (dans 80% des cas). Cela lui permet de survivre à l'hiver à près de 2000 mètres d'altitude. Quant aux graines oubliées, elles contribueront à régénérer la forêt!

Déclarations amoureuses

Pour certains oiseaux sédentaires, l'automne marque une reprise passagère de l'activité vocale. Celle-ci a une fonction territoriale et, chez les espèces monogames, elle resserre les liens du couple. Ainsi, en octobre, dans les petites clairières des forêts de conifères, la chouette chevêchette déclame la version automnale de son chant monotone, une succession régulière de notes flûtées. Si le pygmée de nos rapaces nocturnes n'est guère plus gros qu'un merle, le plus grand d'entre eux atteint presque la taille de l'aigle: le rare grand duc recommence lui aussi à entonner son chant, un grave «ou-ôh» qui porte à plus de 1 kilomètre!

Lagopèdes en bandes

La saison stimule également l'ardeur vocale des gallinacés, dont les parades principales et les accouplements se déroulent au printemps. Dans les sous-bois blanchis par le givre, la gélinotte lance sa strophe suraiguë, mais demeure invisible. Quant à la lisière supérieure des forêts, elle résonne des roucoulements continus des tétras-lyres, ces diablotins noir et blanc à la queue recourbée. Enfin, dans les hauts pierriers, retentit le cri guttural des lagopèdes alpins, alors rassemblés en bandes pouvant compter plusieurs dizaines d'individus. (29 septembre 2005)

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