«Il est crucial de sauver la prochaine saison agricole»
Léo Bolliger
Suite au tremblement de terre du 12 janvier 2010, l’agriculture haïtienne, vitale pour l’alimentation et l’économie du pays, est en péril. Pour la FAO, le relèvement du pays doit passer par une aide urgente au monde rural.
Les recherches de survivants en Haïti dans les gravats de maisons tombées le 12 janvier 2010 ont été officiellement interrompues le week-end du 23 et 24 janvier 2010. Soigner les blessés, reconstruire le pays et relancer l’économie, notamment le secteur agricole, constituent désormais les priorités auxquelles vont s’atteler les autorités, avec le soutien de l’aide internationale.
Quelques jours seulement après le tremblement de terre, Jacques Diouf, le directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), s’est empressé de lancer un appel à la communauté internationale pour soutenir de toute urgence l’agriculture en Haïti. Il en va, selon lui, de la sécurité alimentaire de la population dans un pays qui compte plus de 5 millions de personnes souffrant de sous-alimentation. Un renforcement rapide des moyens de production permettrait ainsi d’éviter une crise alimentaire. «Il convient d’apporter une aide avant la saison des semis de printemps qui commence en mars, sans quoi 60% de la production agricole d’Haïti serait menacée. La priorité est d’approvisionner les agriculteurs en semences, engrais, aliments et vaccins pour le bétail ainsi qu’en outils agricoles. Pour empêcher la catastrophe urbaine d’entraîner une tragédie rurale, il est crucial de sauver la prochaine récolte de maïs, riz et manioc, notamment.» Coût estimé de cette opération: 23 millions de dollars au moins. Des experts de la FAO ont ainsi été dépêchés dans les zones rurales afin d’y évaluer les besoins et les dégâts, notamment sur les routes et les systèmes d’irrigation destinés aux cultures. Ils prêteront main-forte au gouvernement, au Ministère de l’agriculture et aux organisations paysannes.
Exode vers les campagnes
Ingénieur agronome et coordinateur de programme au sein de l’association suisse pour la coopération internationale Helvetas, Balthasar Stammbach connaît bien Haïti. Il en est revenu fin 2007 après y avoir conduit pendant douze ans des projets en milieu rural. Depuis la Suisse, il suit de près la situation haïtienne, Helvetas y œuvrant dans plusieurs programmes en cours tant pour l’approvisionnement en eau potable que pour le soutien à la commercialisation de produits agricoles et la préservation de la biodiversité. «Pour l’instant, nous ne savons pas quelle est précisément l’importance des dommages causés aux infrastructures agricoles et aux projets que nous menons. Les cartes dont nous disposons sur Internet montrent toutefois que toutes les régions n’ont pas été touchées avec la même intensité par le tremblement de terre.»
L’exode des villes vers les campagnes est massif. On parle de près d’un million de déplacés. En retournant dans leur village, de nombreux Haïtiens espèrent y trouver un abri et de quoi se nourrir. Un emploi aussi. Dans ce contexte, il faut s’attendre à une pression importante sur les zones rurales, pour la plupart déjà très pauvres.
Exportations compromises
Haïti compte quelque 800 000 petits paysans qui cultivent souvent «moins d’un demi-hectare de terre, de quoi subvenir aux besoins une famille de sept à neuf personnes seulement», souligne Balthasar Stammbach. D’un point de vue économique, le système agraire est donc fragile et peut vite se trouver déstabilisé.
Suite au séisme, il est à craindre que les petits paysans aient du mal à écouler leurs produits faute de moyens de transport et de carburant pour aller les vendre sur les marchés, mais aussi faute de liquidités dans le pays. Idem du côté des exportations de café, cacao, mangues et huiles essentielles. L’absence ou la baisse des revenus risque de compromettre sérieusement les investissements devant assurer la prochaine saison agricole. Afin de préserver le grenier d’Haïti, la FAO et différentes ONG comme Helvetas actives sur le terrain depuis des années vont donc multiplier leurs efforts pour soutenir l’agriculture. «On ne peut parler de reconstruction sans considérer l’appui immédiat au secteur rural au cours des toutes prochaines semaines», souligne Frédéric Apollin, directeur des opérations pour Agronomes et vétérinaires sans frontières.
(Article paru dans l'édition du 28 janvier 2010)
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Si vous voulez soutenir l’agriculture en Haïti, vous pouvez adresser vos dons à Helvetas (www.helvetas.ch) ou à la FAO (https://getinvolved-donate.fao.org)





















